Dark de Baran bo Odar

Dans la petite ville allemande de Winden, la police enquête sur la disparition d’un jeune lycéen, Erik Obendorf. Mais alors que la famille presse les policiers d’agir au plus vite, ces derniers semblent réticents à considérer cette disparition comme inquiétante et envisagent davantage une fugue, l’adolescent ayant déjà disparu pendant plusieurs jours pour finalement revenir au domicile familial. L’enquête prend un tour alarmant, quand un autre enfant plus jeune disparaît, Mikkel Nielsen (Daan Lennard Liebrenz), le fils d’Ulrich Nielsen (Oliver Masucci), l’un des enquêteurs, pour devenir complètement dramatique quand le corps d’un jeune garçon est retrouvé dans la forêt non loin du lieu de la disparition de Mikkel ; un corps qui n’est pas celui de Mikkel mais qui lance les policiers sur la piste d’un tueur en série. Piste d’autant plus sérieuse que la ville de Winden a déjà dû faire face à la disparition d’enfant trente ans auparavant, quand le frère d’Ulrich Nielsen a lui aussi disparu aux abords de la forêt. 

La réalisateur reprend une recette qu’il a déjà éprouvée dans l’un de ses films Il était une fois un meurtre, celle qui concerne des disparitions dispersées dans le temps. On retrouve l’idée d’un meurtre qui se répète (ici les intervalles de 33 ans sont réguliers), d’une population qui se mure dans le silence pour cacher ses sombres secrets et même un cadre identique fait de maison cosy dans un décor de forêt.

S’ajoute à cette frénésie de meurtres en série, des voyages dans le temps, entre les années 2019, 1986 et 1953 (auquel viendra s’ajouter dans la saison 2 l’année 2054). Un ajout qui permet au réalisateur de multiplier les allers-retours dans le temps ( au risque de quelques incohérences), de complexifier de façon un peu vaine l’historique des personnages (car finalement repris dans un ordre chronologie leurs histoires à tous ne sont guère passionnantes, il faut donc les agencer de manière alambiquée pour faire illusion) et de nous offrir quelques pensées bien sottes sur la maîtrise du temps.

Une série clinquante, gonflée d’une esthétique élégante et d’une musique chic (quoique parfois un peu appuyée) pour jouer sur la fascination d’un tueur en série supposé intelligent (quelle originalité !) et faire passer pour exceptionnelle une narration qui ne fait que manipuler de manière éculée les allers-retours dans le temps. Et tout cela sur fond de pseudo réflexions sur la vie éternelle, qui sentent la naphtaline.

Présentée comme la première série allemande de Netfix, on est saisi par sa ressemblance avec les productions américaines de la chaîne. Il n’y a rien de germanique dans cette série, tout l’imaginaire et l’esthétisme sont nord-américains ce qui prouve une fois encore l’homogénéisation de la culture sous l’égide de l’oncle Sam.

Cela étant dit, et malgré le manque d’originalité de ces motifs, la série tente un assez joli mélange entre les histoires d’adultère, de ressentiment et de jalousie des adultes, qui font face à leur propre passé lorsque le frère d’Ulrich a disparu en 1983, et les mêmes histoires des adolescents de 2019 qui cherchent à ne pas reproduire les erreurs de la génération précédente qu’ils méprisent mais qui tombent malgré tout dans les mêmes chausse-trappes. C’est d’ailleurs à peu près le seul propos intéressant (avec un très beau générique servie par une musique assez hypnotisante) et sous-jacent de la série : comment le temps est en réalité une succession de générations qui reproduisent sans cesse les mêmes schémas.

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