Detroit de Kathryn Bigelow

Le dimanche 23 juillet 1967, une descente de police dans un bar clandestin d’un quartier noir de Detroit déclenche la colère des habitants et provoque une série de réactions en chaîne qui vont conduire au déploiement de l’armée sur Detroit et à ce que l’on nommera par la suite les émeutes de Detroit, autrement connues sous le nom d’émeute de la 12e, qui dureront 5 jours et resteront dans l’histoire comme l’une des émeutes les plus meurtrières qu’est connu l’Amérique. Le film de Kathryn Bigelow revient sur un événement particuliers de ces émeutes, l’affaire du Motel Algiers, qui a eu lieu dans la nuit du 25 au 26 juillet pendant lequel trois adolescents noirs ont été tués par la police sans qu’aucun des policiers présents ne soient inculpés d’homicide.

Le film s’ouvre sur la première nuit, le fameux dimanche 23 juillet quand la police fait sa descente dans le bar clandestin et se termine par l’acquittement des policiers impliqués dans l’affaire du Motel Algiers. Entre ces deux moments, le spectateur suit le groupe de musiciens, les Dramatics, qui devaient jouer le soir du 25 juillet dans un théâtre de Detroit mais ont dû annuler leur concert et se sont malencontreusement retrouvés à séjourner au Motel Algiers.

Parfois, regarder le film d’un réalisateur qu’on déteste a du bon. Pour celui-ci en tout cas. M’étant préparée à voir un film ultra-violent comme Kathryn Bigelow sait les faire, chauffé à la testostérone pour montrer à tous les mecs d’Hollywood qu’elle en a, j’ai été plutôt agréablement surprise de voir un film presque posé de la part de cette réalisatrice qui m’avait habituée aux scène coups de poing, aux effets de manches viriles et à une absence totale de subtilité. Là on dirait presque le film normal de la part de Bigelow et il faut le souligner.

Reste que passé le moment où on se dit que pour elle, c’est pas si mal, arrive forcément le second moment où on se dit que si un autre réalisateur s’était chargé du sujet, un réalisateur avec un cerveau par exemple, qui aurait contextualisé cet événement (à défaut de nous faire un prologue prétexte vite expédié) ou un réalisateur pugnace qui ne joue pas les gros bras de façade en ménageant dans son récit des sortes de portes de secours pour la conscience blanche mais va explorer les événements dans leur plus profonde et dérangeante complexité, on aurait eu un autre film.

Car finalement que dit ce film ? Que des individualités ont commis un crime atroce, et que pendant longtemps le système les a protégés. Pourtant quand on voit avec quelle habileté le réalisateur évite les sujets qui fâchent, on entrevoit une toute autre explication. Le déclenchement des émeutes est présenté comme une bande d’enragés près à en découdre avec la police qui elle tente de mener son opération dans le calme et la rapidité pour éviter justement les débordements. Mais voilà, les habitants du quartier sont des enragés, ils se mettent en rogne précisément au moment où la police quittent les lieux (les lâches) et se ruent sur les vitrines pour piller. Comme il n’y aura aucune contextualisation de ces émeutes, le spectateur restera avec l’image de cet événement déclencheur extrêmement préjudiciable aux habitants du quartier. Et à la suite des événements tel un pêché originel.

Ensuite il y aura d’un coté l’irresponsabilité des clients du Motel qui s’amusent avec un flingue d’apparat pour tirer sur des militaires et qui poursuivent leur imbécillité en omettant pendant toute la durée du film alors que leur vie est en jeu d’expliquer ce qui s’est réellement passé. De l’autre deux jeunes flics qui contre toute logique vont prendre en main l’opération et mettre au pas les autres divisions présentes sur les lieux, y compris les militaires, ce qui parait peu probable. La scène où l’un des policiers ne comprenant pas les subtilités de langage de ces collègues tue volontairement l’un des adolescents me laisse perplexe.

La réalisatrice évite donc de montrer les collusions entre les différents corps de l’armée ou de la police intervenants ce soir-là, tout comme elle évitera de montrer l’interrogatoire et l’audition des accusés. Des silences comme autant de porte de secours pour éviter d’aller trop loin dans l’accusation et permettre de lire cet événement comme le produit non pas d’une société mais d’individus.

Parmi les points positifs du film, outre le fait qu’il existe même s’il est globalement raté, il faut noter l’extraordinaire performance de  John Boyega, vu précédemment dans Stars Wars, et qui interprète avec talent Melvin Dismukes, l’agent de sécurité noir qui s’est trouvé sur les lieux du drame, n’a pas participé aux meurtres mais en voulant témoigner sur ce qui s’était passé, s’est retrouvé à être le premier accusé. La scène dans le film où il est interrogé pour la première fois par des policiers est impressionnante. Le reste du casting est d’ailleurs tout aussi impressionnant : Will Poulter dans son rôle de petit flic blanc sûr de lui, impétueux et arrogant est horriblement efficace ; tandis que Algee Smith joue un Larry Reed, prometteur jeune chanteur des Dramatics traumatisé à vie, privé de son rêve, extrêmement touchant.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s