The Birth of a Nation de Nat Parker

Nathaniel dit Nat Turner est un esclave afro-américain né le 2 octobre 1800 dans le comté de Southampton. Il doit son nom à son propriétaire Benjamin Turner. Enfant précoce, la mère de son maître, étant « progressiste » et « charitable », décide de lui apprendre à lire. Evidemment, le seul livre auquel il a accès étant la Bible, Nat découvre le message de rédemption et de libération du Christ, développant ainsi une profonde ferveur. Il devient connu pour ses prêches dans la propriété. Benjamin Turner, confronté à des ennuis financiers, accepte de « prêter » Nat Turner à d’autres propriétaires d’esclaves pour qu’il parle à ces derniers et les calment, les exhortant, au nom du Christ, à obéir à leurs maîtres. Au fil de ses missions, Nat Turner va découvrir la misère de ses compatriotes et utiliser les mots de la Bible, qui appelaient jusque-là à l’obéissance, pour construire un discours de révolte. En février 1831, il commence à organiser la rébellion. Celle-ci sera déclenchée en août 1831, durera deux jours, sera réprimée avec une violence extrême par les blancs et conduira à l’exécution par pendaison de Nat Turner le 11 novembre 1831.

De la difficulté de faire un film sur une figure aussi célèbre de la lutte anti-esclavagiste et aussi peu connue tout en se présentant comme le contrepoint, et donc d’égale ambition, que le film du même nom de 1916 de D. W. Grifith, considéré comme la naissance du cinéma moderne.

La majorité des éléments connus sur la vie de Nat Turner viennent d’un document unique : Les Confessions de Nat Turner, telles qu’elles ont été dictées à Thomas R. Gray dans la prison où il était détenu avant son jugement. Ce document est la source principale d’un roman de William Styron, publié en 1967 et de ce film réalisé en 2016 par Nat Parker. Une source unique qui pose de nombreux problème aux historiens de la période, car elle émane d’un avocat local qui ne cache pas alors son objectif de faire de l’exemple de Nat Turner une leçon pour montrer l’importance de lois strictes pour éviter les dérives violentes de certains esprits égarés.

Cette unique source explique que Nat Turner avait des visions, pensait que Dieu lui parlait et lui demandait d’agir pour ses frères. Elle explique également son mysticisme, et comment il a vu dans des phénomènes astronomique ou météorologique (comme une éclipse solaire) des signes envoyés par Dieu pour lui indiquer l’urgence de l’action.  Un mysticisme religieux qui permet de caractériser un esprit égaré et non expliquer une révolte par un contexte et un éveil politique.

Une lecture que reprend à son compte Nat Parker. Les visions, l’éclipse, tout y est. Le réalisateur ajoute en plus une identification presque malsaine parce que totale avec le personnage. L’acteur-réalisateur, Nat Parker, est trop présent : il occupe l’espace de son personnage, se superpose à lui, ce qui nuit à sa compréhension. Le film n’a aucun recul, ni sur ce que l’on sait de Nat Turner, ni sur la question de l’interprétation et de la nécessaire distinction entre Nat Parker et Nat Turner. La dernière partie du film, lorsque Turner est en prison, propose une lecture de cet esclave rebelle comme un nouveau Christ, attendant sa crucifixion et connaissant son chemin de croix. Il est fort possible que Turner ait vécu ce moment ainsi, ce qui a pu lui permettre de donner un sens à sa mort prochaine, mais la réalisation devient alors emphatique et oublie totalement de traiter son sujet qui était l’esclavage pour verser dans une hagiographie du personnage. Du coup, il rate sa cible qui était de revenir sur la naissance de cette nation américaine et de son péché originel.

 

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