The Terror (saison 1) de Max Borenstein, Alexander Woo et David Kajganich

En 1845, deux navires anglais, l’Erebus et le Terror, affrétés par la marine anglaise et placés sous le capitanat de Sir John Franklin (Ciarán Hinds), secondé par James Fitzjames (Tobias Menzies), et de Francis Crozier (Jared Harris), entreprennent l’exploration de l’Arctique afin de trouver un  passage au nord-ouest entre le Groenland et la Chine.  Les navires quittent l’Angleterre en 1845 et commencent leur traversée de l’Arctique où ils sont vus pour la dernière fois en août. Les deux capitaines ont été choisis pour leur expérience du milieu arctique et les deux navires embarquent dans leur soute de quoi tenir au moins trois années, même si Sir John Franklin est persuadé que la découverte du passage ne posera pas de problème et les mènera avant l’hiver sains et saufs de l’autre côté. Des facteurs extérieurs (un hiver rigoureux et un printemps froid) ainsi que des décisions néfastes (comme celle de se diriger vers le sud pour rejoindre l’île du Roi Guillaume) vont conduire progressivement l’équipage à un sort funeste.

La femme de Sir John Franklin, n’ayant aucune nouvelle de son mari, persuade la marine anglaise d’envoyer un navire pour aller les sauver. Ces derniers ne retrouveront jamais aucune trace d’éventuels survivants et concluront à la mort certaine de tout l’équipage soit environ 129 hommes.  Des recherches plus récentes ont permis de retrouver certains ossements et de comprendre comment ces hommes sont morts. Les épaves ont été retrouvées, celle de l’Erebus en 2014 et celle du Terror en 2016.

De cette histoire à proprement parler hallucinante (history is greater than fiction indeed), Dan Simmons a fait un roman que la chaîne AMC a adapté en série. Et le résultat est étonnamment (ou pas) convaincant.

Passionnante série en effet que The Terror qui n’a peut-être qu’un défaut : avoir voulu jouer la carte du surnaturel, avec cette créature bien visible (trop visible !) qui vient attaquer régulièrement les hommes de l’équipage et semer la mort. Cette créature est issu de l’imagination débordante de Dan Simmons. Création/ créature inutile tant la réalité des faits suffisait à nous faire trembler de peur. Elle aurait pu être intéressante si la narration avait joué sur l’ambiguïté entre la réalité de cette créature et l’imagination terrifiée d’hommes coincés dans un milieu hostile et qui, par panique et confrontés à la faim, à la mort et aux traditions chamaniques des Inuits, cèdent à la folie. Mais malheureusement s’ils deviennent fous, la créature dans la série, elle, est bien réelle (spéciale dédicace à notre ancien président !).

Le premier épisode se clôt sur l’immobilisation des bateaux au milieu d’une mer de glace et il suffit d’entendre le bruit de cette glace sur la coque du bateau pour être proprement terrifié par la situation. Ajouté à cela un été glacial qui ne permettra pas aux vaisseaux de se dégager et la perceptive de passer un nouvel hiver à bord des navires commence déjà à saper le moral des troupes. S’en suivront la peur, la maladie (le scorbut bien évidemment mais également une intoxication au plomb contenu dans les boites de conserve), le soulèvement de l’un des bateaux littéralement sorti hors des eaux par la glace, et les premiers désordres au sein du commandement. Quittant le navire, les survivants se dispersent au sens propre comme au sens figuré : le groupe subit une mutinerie, se sépare, puis viennent les derniers moments de lutte pour la survie avec son lot de trahison, de cannibalisme et, plus surprenant, d’exploits aussi sublimes que tragiques.

Mises à part les scènes d’apparition de la créature (probablement les moins réussies de la série), l’ensemble des épisodes se caractérise par un soin prodigieux à suivre le temps long de cette agonie en mer. L’unité militaire, un temps portée par le commandement, vole peu à peu en éclat et c’est bien l’individualisme triomphant, le chacun pour soi, qui précipite la chute de ces hommes. Un individualisme doublé d’une incapacité à s’adapter à la situation puisqu’à aucun moment ces hommes ne chercheront l’aide des populations locales, plus aguerries dans les gestes de survie. Bien au contraire, ces populations seront vues comme les ennemis, là où seule la nature veut clairement, pour citer une phrase souvent entendu dans la série, « notre mort » (et à ce titre on peut saluer la réalisation glaçante qui nous fait frisonner devant la sublime terreur qu’évoque cette nature polaire impitoyable entre les craquements de la glace sur la coque et les effets mortifères du froid). Logique quand on sait l’objectif de cette mission qui était avant tout de trouver une nouvelle route commerciale et non de nouer des contacts avec les populations locales. Cette attitude traduit bien — et c’est là le mérite d’une telle série — la mentalité et le sentiment de supériorité de ces Britanniques explorant le Monde et en prenant possession. Pourtant, c’est bien leur culture britannique qui les aveugle et les empêche de changer de mentalité, inconscients qu’ils sont de ce sentiment de supériorité vis-à-vis des natives qui seront les témoins privilégiés de ce délitement de la civilisation anglaise, réduite à s’entre-dévorer, incapables de requérir l’aide pourtant toute proche de populations qu’elle a le tort de dénigrer.

Malgré tout, des intelligences (et des personnages et quels personnages !) se révèlent : celle du Capitaine Crozier qui a appris la langue des Inuits et cherche à les comprendre et dont l’attitude est caractérisée par une lucidité qui le fait souffrir ; celle du médecin, le bien nommé Harry Goodsir (Paul Ready), dont l’humanisme fait presque souffrir le spectateur ; et celle, terrible,  du malin irlandais Cornelius Hickey (Adam Nagaitis) qui, d’escroc habile, devient chef des mutins et cherche à communier avec la créature.

Tout cela permet de déployer une fresque qui oscille, en début de saison, entre le gothique fantastique et, à partir du quatrième épisode, le récit de survie en milieu hostile avec la perte de toute règle, de toute discipline, de toute humanité/ civilisation pour une descente dans la folie et la transgression de toute règle. Cela évoque bien sûr Aguirre ou même Apocalypse Now et toujours le motif si puissant de la rencontre de l’Autre, du Sauvage pour découvrir qui est le vrai barbare, dans le veine de Montaigne.

Une série puissante, donc, malgré ses quelques fragilités.

Les créateurs de la série l’ont renouvelée pour une saison 2, ce qui paraissait extrêmement surprenant. En fait cette saison 2 ne va reprendre de la précédente que l’élément surnaturel. L’histoire se déplace en effet au XXe siècle, pendant la Seconde Guerre mondiale et va suivre le destin d’une communauté nippo-américaine qui doit quitter la Californie pour se rendre dans un camp, alors qu’un spectre semble les poursuivre. Etant donné que l’élément surnaturel n’a pas été la plus grande réussite de cette série, cela n’est pas des plus prometteurs. Espérons que les scénaristes sauront s’emparer de cet épisode historique comme ils ont réussi à le faire pour cette exploration du passage du Nord-Ouest.

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