Le bureau des légendes (saison 4) d’Eric Rochant

Malotru (Mathieu Kassovitz), grâce (ou à cause) de la bienveillance de Raymond (Jonathan Zaccaï), a pu échapper à la DGSE et à la CIA. Planqué en Russie, il tente de refaire sa vie, loin de son pays et de sa famille.  Depuis la mort d’Henri Duflot, Marie Jeanne Duthilleul (Florence Loiret-Caillet) a repris la direction du bureau des légendes, une unité à présent contestée par la DSEC, la direction de la sécurité de la DGSE, présidée par un curieux personnage JJA (Mathieu Almaric). Ce dernier reproche à Marie-Jeanne et à son équipe d’avoir été trop bienveillants envers Malotru, lui permettant de mener ses propres enquêtes, dans un total irrespect des procédures, allant même jusqu’à le protéger d’éventuelles représailles. Un audit de la division est donc menée, alors que plusieurs opérations sont en cours : Marina Loiseau (Sara Giraudeau) travaille sur le terrain pour infiltrer les unités cyber des renseignements russes et Jonas Maury (Artus) traque les djihadistes français présents en Syrie pour vérifier s’ils sont toujours en vie, et si oui, où sont-ils et prévoient-ils des attaques en France ?

Comme souvent dans les saisons du Bureau des légendes, les différents fils narratifs se rejoignent pour ne former qu’une intrigue principale au prix de quelques arrangements avec la logique des narrations. Cette saison 4 ne déroge pas à la règle en faisant de l’opération de Marina Loiseau en Russie, un prétexte pour amener le personnage dans le sillage de Malotru en vue d’une résolution commune de leur parcours. Seul le fil narratif autour de Jonas échappe à la règle puisque ce dernier mène son opération sur le terrain à la recherche des ressortissants français présents en Syrie dans le cadre d’opérations visant à déjouer des attentats sur le territoire national.

Le spectateur face à cette nouvelle saison peut adopter deux comportements : soit il est encore sous le charme de Malotru comme l’équipe de Marie-Jeanne et il suit avec toujours autant d’intérêt les tribulations de cet agent, ayant fui à l’étranger mais désirant revenir chez lui, en assumant les conséquences d’un tel retour ; soit il commence à en avoir un peu marre voire trouve cela un peu douteux et va trouver dans le personnage de JJA, un allié potentiel, presque l’incarnation du délit de cette série qui en fait trop sur Malotru, à tel point qu’elle en devient parfois illogique, absence de logique qui va peut-être enfin trouver sa raison d’être dans le complot que tente de mettre au jour JJA. Le procédé narratif est habile, puisqu’il intègre dans son récit les critiques qui pourraient être formulées à son encontre.

Dans les deux cas, si vous n’aimez pas Le bureau des légendes, cette saison n’y changera rien. Si vous l’aimez, vous serez en terrain connu.

Quoiqu’il en soit, il n’en reste pas moins qu’il est temps de se débarrasser de Malotru et la fin de cette saison 4 ne vaut que si le personnage disparaît effectivement et ne revient pas dans une saison 5. Il est d’ailleurs dommage que l’accent ne soit pas plus porté sur le travail de Jonas , les séquences qui lui étaient consacrées étaient de loin les plus intéressantes de la saison : elles montrent comment les services secrets français participent aux opérations en Syrie, dans le sillage de l’armée irakienne (et des armées kurdes) avec ou sans le concours des services secrets américains. Elles montrent également comment la traque des djihadistes est menée entre le Moyen-Orient, le Maghreb, les banlieues françaises et belges. Ces séquences, même largement fictionnées, ont une sorte de prétention documentaire qui fait leur intérêt voire leur valeur, alors que l’exploration de l’espionnage cybernétique russe semble plus éculé (cartes de réseaux projetées sur grand écran et blah-blah technoscientifique sont de mise).

Quant à Marina Loiseau, depuis le début elle ne sert pratiquement à rien et cette saison le confirme avec brio. Le personnage est absolument pas crédible (« hey les gars ! on va envoyer une de nos agents qui s’est déjà fait grillée en Iran chez leurs potes les Russes, vous en dites quoi ? » « Putain, Marcel , tu as encore trop mangé de space-pizza ! »), le jeu de l’actrice insupportable (je-chuchote-en-faisant-des-yeux-de-biche-et-on-va-dire-que-c’est-irrésistible-et-que-n’importe-quel-ingénieur-en-informatique-russe-va-tomber-raide-dingue-de-mon-effrayante-maigreur — ah, zut, on avait dit pas le physique !) font que décidément, trop c’est trop. Amalric en fait des caisses pour masquer ma vacuité de son rôle ; Kassovitz ronronne dans ce rôle taillé sur mesures. Effectivement, il est temps que le Bureau se renouvelle s’il veut continuer.

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