Les nouvelles aventures de Sabrina (saison 1) de Roberto Aguirre-Sacasa

Trépidante vie que celle de Sabrina (Kiernan Shipka, la formidable révélation de Mad Men), qui va bientôt fêter ses seize ans et à cette occasion devra choisir si elle accepte de devenir la fidèle servante du Seigneur sombre ou si elle préfère rester une humaine. Car derrière son apparence de jeune lycéenne bien de son époque ou plutôt parfait fantasme  vintage d’une époque nostalgique (carré court, cerceau dans ses cheveux blonds et vêtements colorés), Sabrina est en fait une sorcière, ou plutôt une demie-sorcière puisqu’elle est née de l’union contre-nature d’un sorcier et d’une mortelle. Entre la vie éternelle et la vie mortelle, Sabrina hésite parce que l’une des conséquences de son choix d’être une sorcière à temps plein est qu’elle ne pourra plus voir son petit ami et ses copines de bahut. Sabrina se demande tel Perceval s’il n’y aurait pas de troisième voie, genre une semaine sorcière et trois semaines humaine.

On pouvait éventuellement croire au début retrouver l’atmosphère de Buffy ou à défaut avoir une pointe de nostalgie en repensant à notre Sabrina apprentie sorcière, mais la série parvient assez rapidement à nous départir de toute notre bienveillance nostalgique.

Tout, du jeu des acteurs au scénario en passant par la mise en scène et la photo fait bidon. Sabrina n’existe pas, ni dans la peau d’une sorcière, ni dans la peau d’une collégienne. Son quotidien, ses relations avec ses profs ou avec ses camarades ne sont pas plausibles tant ils forment un univers fantasmé à la fois étriqué et puéril aussi bien en ce qui concerne les relations des personnages entre eux (qui, de fait, n’existent pas) et la vision de la sorcellerie réduite à une série de clichés qui n’a aucun intérêt. Harvey (Ross Lynch) son petit ami est assez impressionnant tant il est peu crédible. Après les cours (ou pendant ou avant, on ne sait pas bien), Harvey qui a le même âge que Sabrina puisqu’il fréquente la même école et la même classe, descend dans les mines avec son frère, mines détenues par son propre père dont il extrait … on ne sait pas trop quoi. Qu’un gamin scolarisé bosse dans les mines après les cours est étonnant, mais qu’un patron fasse bosser ses deux fils dans cet environnement dangereux est tout simplement incroyable.

La troisième voie choisie par Sabrina, qu’on pourrait appeler la voie Perceval, est celle de la facilité : elle continuera l’école la semaine et ira quelques jours, probablement le week-end, dans l’école des sorciers. École des sorciers qui reproduit tous les thèmes de Poudlard : rivalités entre élèves, conflit entre les enseignants, stigmatisation des demi-nés, destin particulier de l’héroïne qui accumule les prodiges alors qu’elle ne fait qu’arriver dans l’école.

Bref, la série ne propose rien de nouveau, échoue lamentablement à construire un scénario cohérent, multiplie les épisodes gratuits (comme lorsque la famille de Sabrina est enfermée dans des rêves), est assez ambiguë sur l’érotisation de son personnage principal avec laquelle elle joue sans vraiment se décider à l’assumer, ne veut même pas s’amuser avec le concept d’une sorcière cachée parmi les humains, puisqu’au fur et à mesure de l’histoire, elle est de moins en moins cachée, et le monde des humains l’est de moins en moins. Un ratage complet que rien, pas même l’éventualité d’une saison 2, ne pourra rattraper.

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