Les voyages d’Ulysse d’Emmanuel Lepage, Sophie Michel et René Follet

Fin XIXe siècle. Jules Toulet tente de retrouver son amour perdu, Anna, et erre sur la Méditerranée à sa recherche en payant son transport et ses vivres par ses dessins. A Istanbul, il rencontre Salomé Ziegler, une femme capitaine de l’Odysseus, qui sillonne également la Méditerranée à la recherche d’un peintre égyptien, Ammon Kazacz qui, fasciné par les mythes grecs, notamment celui d’Ulysse, les a représentés dans de nombreux tableaux. Ses tableaux ont depuis été vendus à des collectionneurs, disséminés partout autour de la Méditerranée. Salomé comme Ammon est attachée aux mythes grecs, ce lien lui vient de sa mère, Athénaïs, qui lui racontait l’épopée de ces dieux illustres alors qu’elle n’était d’une jeune enfant. Sa mère, morte depuis, a connu le peintre Ammon, elle a même été l’une de ses modèles et Salomé veut retrouver un tableau notamment qui la représente. Parallèlement au récit des voyages de Salomé et de Jules, des entrefilets nous racontent le voyage d’Ulysse vers sa terre natale.

Cette bande dessinée est presque une histoire de famille. Sophie Michel qui est responsable du scénario est la compagne d’Emmanuel Lepage. René Follet a lui réalisé les tableaux d’Ammon Kazacz et Emmanuel Lepage s’est occupé du reste pour construire cet « hommage » à son fils Ulysse, après avoir écrit en 2005 les Voyages d’Anna, pour sa fille du même nom dont il reprend les personnages de Jules et d’Anna au début du récit avant de suivre Salomé. Il y a donc l’idée d’une continuité dans ce récit, une continuité qui prend de multiples visages, celui de Jules vis-à-vis d’Anna, de Salomé vis-à-vis de sa mère et d’Ulysse vis-à-vis de Pénélope.

L’album est splendide et impressionne par le qualité de son écriture, par la grâce de ses dessins (qu’ils soient d’Emmanuel Lepage ou de René Follet) et par le soin apporté à l’édition dans les choix de mise en page notamment. Les extraits de l’Odyssée sont placés à intervalles plus ou moins réguliers dans l’album sur un papier calque d’un format plus petit. La finesse et la transparence du papier calque donnent à ces extraits un  caractère précieux, le lecteur se trouve alors presque naturellement à poser un regard sur eux avec plus d’attention et presque de déférence. Loin d’interrompre le récit, ils lui donnent de l’ampleur, lui répondent.

A travers cette histoire, les auteurs soulignent l’importance de la filiation, et à travers elle l’importance de la transmission, avec une focale sur l’art qu’il soit littéraire ou pictural. Le mythe d’Ulysse a souvent fait l’objet d’adaptations ou d’hommages dans la fiction (il faut dire que l’histoire de cet homme perdu sur les mers à la recherche de sa terre natale a de quoi inspiré). Jean Harambat avait écrit un magnifique album, Ulysse, les chants du retour, sur l’attachement que plusieurs personnalités (et notamment Jean-Pierre Vernant) portaient à la figure d’Ulysse. Dans un genre très différent, Emmanuel Lepage a écrit un ouvrage d’une semblable qualité littéraire.

 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s