The Deuce (saison 2) de David Simon

Sur la 42e avenue, le monde clos des travailleurs du sexe vit au rythme routinier de la nuit, à peine perturbée par les descentes de police, les embrouilles entre macs et le renouvellement des filles. L’arrivée du porno, via la circulation de photographies, de clips érotiques ou de longs-métrages, perturbent cependant cette apparente tranquillité. C. C. (Gary Carr) comprend le potentiel de Lori (Emily Meade), mais redoute que le magot lui échappe. Larry (Gbenga Akinnagbe) aussi, mais, contrairement à C.C qui veut garder sa place de mac y compris dans l’industrie du porno, lui y voit une opportunité pour ses filles et pour lui-même. Eileen / Candy (Maggie Gyllenhaal) poursuit son rêve de devenir une réalisatrice de films pornographiques et artistiques à la fois, malgré les difficultés financières et relationnelles avec le milieu qui la traite toujours en prostituée. Vince (James Franco), grâce à sa proximité avec Rudy Pipilo (Michael Rispoli), parrain mafieux, a pu réaliser son rêve et devenir le gérant d’un night-club à la mode de Manhattan. Sa compagne Abby (Margarita Levieva) utilise le bar que Vince lui a confié pour promouvoir des artistes locaux et des associations, et s’engage dans l’action sociale en faveur des prostituées. Quant à son beau-frère, Bobby (Chris Bauer), il vit confortablement des revenus de la maison close qu’il gère pour le compte de Rudy. Tout irait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes si un adjoint à la mairie n’avait pas pour ambition d’ouvrir  le quartier aux promoteurs et de déloger tous ses occupants pour les remplacer par des catégories sociales plus aisées.

Cette deuxième saison de The Deuce commence avec l’illusion d’une tranquillité dans la vie des personnages. Ils semblent tous installés, s’accommodant avec plus ou moins des facilité de l’univers ambiant, fait de règlements de comptes entre macs, de relations ambivalentes avec la police et d’asservissement consenti à la mafia locale.

Sauf que quelques éléments viennent perturber cette apparente quiétude : Paul (Chris Coy), l’ancien barman gay de Vince, veut ouvrir un nouveau bar sans l’aide de la mafia pour être libre mais il manque d’argent. Mandy utilise son bar pour aider une association qui œuvre pour sortir les filles de la rue, sous l’œil menaçant des macs. C. C. et Larry tracent leur sillon dans l’industrie du porno mais comprennent rapidement qu’ils vont devenir hors jeu. Lori veut devenir actrice, mais reste prisonnière et dépendante de C. C. qui pourrait devenir violent si elle essayait de partir.

David Simon nous épate, à nouveau, par son intelligence et sa clairvoyance dans cette peinture, cette fresque même, du Manhattan de la fin des années 1970. Il y donne à voir une nouvelle facette de ce que le capitalisme a fait à l’Amérique et aux femmes et aux hommes du commun. Car s’il montre les rapports de la domination entre les macs et les prostituées, ceux-ci étaient jusqu’alors intimement (y compris sexuellement) personnels, faits de perversité et de dépendance réciproques.  Avec l’industrie du porno naissante, c’est tout un business lucratif, et donc bien plus large que les petits macs de la 42e et même plus large que les quelques familles de la mafia italo-américaine, qui happe ce petit milieu. La violence qui en découle n’est que le reflet pathétique de la chronique de leur mort annoncée.

Simon aime ses personnages. Il prend plaisir à les déployer, à nous montrer leurs côtés attachants, leurs failles — en un mot, leur humanité, y compris et surtout celle des personnages a priori les plus antipathiques comme les macs. Il est bien un sérialiste, héritier des feuilletonistes du XIXe siècle qui déploie sa narration dans de vastes fresques composées des vies multiples d’une multitude de personnages.

Simon est profondément américain : la violence la plus cruelle, car la plus inhumaine, vient d’en haut, de la confrontation de forces invisibles et incontrôlables, fussent-elles celles de l’économie capitaliste libérale ou celles de l’Etat. La saison se clôt sur l’arrivée d’une menace plus grande émanant de la mairie. Alors que tous les personnages œuvrent à un certain équilibre entre les différentes forces en présence (macs, mafia, police), le plan de rénovation du quartier va s’imposer d’en-haut sans égard pour les habitants, qui vont être projetés au dehors, pour laisser la place à la spéculation immobilière. On voit bien se profiler le constat suivant : certes le quartier était en proie à la violence mais elle était relativement contenue par ses habitants, certain travaillant justement à la maîtriser. Le plan de restauration, parce qu’il ne prend pas en compte les habitants du quartier, va générer une violence bien plus importante. Confirmation (probable) dans la troisième et dernière saison de The Deuce.

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