Mary, Queen of Scots de Josie Rourke

Quand elle débarque sur les plages d’Ecosse en août 1561, Mary Stuart, appelée également Mary Ière d’Ecosse (Saoirse Ronan), est une jeune veuve de 19 ans, parlant couramment le français (elle fut l’épouse du Dauphin de France, François II) qui a vécu éloignée des affaires écossaises. Elle est la cousine d’Elisabeth Ière (Margot Robbie), ce qui fait d’elle une prétendante au trône d’Angleterre au décès de celle-ci, si d’aventure cette dernière n’avait pas de descendance. Mary s’empresse donc de demander à Elisabeth de la nommer comme successeur du trône, ce qu’elle accepte à une condition : qu’elle se marie à un noble anglais. Sur les conseils de son chambellan (Guy Pearce), Elisabeth propose à Mary d’épouser Robert Dudley, 1er comte de Leicester, son favori (Joe Alwyn) mais cette dernière refuse voyant bien qu’il s’agit d’une manœuvre d’Elisabeth pour la soumettre à son pouvoir. Mary décide d’épouser Henri Stuart, Duc d’Albany, plus connu sous le nom de Lord Darnley (Jack Lowden). Ce mariage de deux descendants directs des Stuarts renforce la prétention de Mary au trône d’Angleterre et d’Ecosse et menace radicalement Elisabeth qui décide d’envoyer des troupes en Ecosse et de soutenir une révolte intérieure contre sa cousine.

Il s’agit du premier film de Josie Rourke, qui jusqu’à présent était surtout connue comme metteur en scène de théâtre. Le scénario est écrit par Beau Willimon, connu pour avoir travaillé sur la série House of Cards et sur The Ides of March, d’après la biographie sur Mary Stuart écrite par l’historien anglais John Guy. 

Ce film est un naufrage total, notamment parce que les auteurs (je ne sais pas si cela vient de la réalisatrice ou du scénariste, j’espère que l’historien n’y est pour rien) ont voulu imposer un message féministe à cet épisode historique. Résultat, on ne comprend rien ou si peu des motivations politiques des personnages, tout ce que l’on retient n’est qu’une vague mélopée sur la difficulté d’être une femme de pouvoir. Il est de bon ton de dire que notre interprétation du passé n’est qu’une extrapolation de notre présent, mais là ce que propose le film dépasse les limites de ce qui est acceptable.

Mary a voulu être reine et femme. Pour elle sa vie se résume alors à une longue suite de déceptions : les hommes qui l’entourent sont soit des minets alcooliques soit des brutes (il n’y a que son « homme de compagnie », homosexuel donc, forcément (sic), pour relever le niveau de la gente masculine). En voulant être reine, femme et mère, elle ne sera aucune des trois, elle mourra seule, trahie par les hommes et par la seule femme qui pouvait l’aider.

Elisabeth, quant à elle, a choisi presque malgré elle de devenir une reine, elle a donc tué la femme (en refusant de se marier) et la mère en elle. En allant contre sa nature et en refusant d’apporter de l’aide à une autre femme dont elle comprenait pourtant la souffrance, elle est devenue un homme et a pu garder son pouvoir. Certains critiques parlent du prix pour devenir reine, faisant de son parcours une généralité ce qu’il ne fut justement pas. Pour faire bref, le règne de Mary Ière d’Ecosse nous apprend donc que les hommes sont des brutes et les femmes manquent de solidarité entre elles par peur de s’aliéner leurs soutiens masculins. Mary et Elisabeth avaient tout pour devenir les meilleures copines du monde, mais les vilains hommes les ont poussées l’une contre l’autre.

Le portrait d’Elisabeth est pathétique dans ce film. On la voit à plusieurs reprises faire des rosaces en papier, puis elle chouine de ne pas être mère (il y a une scène navrante où elle s’émeut de la naissance d’un poulain et regarde ensuite son profil dans l’ombre en utilisant un vêtement pour arrondir son ventre), propose son favori à Mary puis se ravise parce qu’elle l’aime, finit par retenir ses larmes à l’annonce de l’exécution de Mary, par soucis des convenances parce qu’au fond d’elle, elle envie Mary d’avoir été mère et épouse, alors qu’elle n’est que reine. La scène où le montage met en parallèle l’entrejambe sanguinolente de Mary parce qu’elle vient d’accoucher et Elisabeth couchée dans la même position mais avec une centaine de roses en papier est nullissime.

Celui de Mary n’est guère mieux, elle s’entête à réclamer le trône d’Angleterre mais ne fait rien contre des prêcheurs de haine à son encontre qui siègent pourtant à son conseil privé et ne semble pas bien prendre la mesure des conflits à venir. Elle choisit un homme parce qu’en gros il a su lui faire un magnifique cunnilingus et elle s’empresse d’ailleurs de lui proposer une fellation en échange, mais ce dernier refuse : très humble, il est heureux de lui avoir faire plaisir.

La description du contexte politique et historique est abscons : littéralement on ne comprend rien des actions des personnages, Elisabeth de toute façon ne fait rien, Mary fait des trucs illogiques, incompréhensibles pour le spectateur. Ajoutée à  cette vision navrante (voire cette absence de vision d’une période historique) une réalisation poussive et prétentieuse (la scène de rencontre entre Elisabeth et Mary, avec le jeu des drapés est à mourir de rire ou d’ennui c’est selon) et vous avez un ratage complet.

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