Black Mirror : Bandersnatch de David Slade et Charlie Brooker

8h30, le 9 juillet 1984. Stefan Butler (Fionn Whitehead) se réveille brutalement, comme sortant d’un cauchemar. Il mange avec son père, Peter (Craig Parkinson), puis se rend au siège de la société Tuckersoft, spécialisé dans la commercialisation de jeux vidéo pour leur proposer son projet. Il est reçu par le fondateur de la société, Mohan Tucker (Asim Chaudhry) qui lui présente la star du moment dans l’univers du jeu vidéo, Colin Ritman (Will Poulter). Stefan leur explique alors son projet : il veut adapter en jeu vidéo un roman Bandersnatch (que sa mère défunte adorait), roman construit autour de la notion de choix. En effet, dans la narration, le lecteur peut faire des choix pour le personnage, entraînant ainsi une multitude de narrations possible que Stefan veut reproduire dans l’univers du jeu.

Ce qu’il ne dit pas et qu’il découvrira plus tard, c’est que l’auteur du roman était en fait persuadé de vivre des expériences multiples, nées de cette multiplicité de choix, mais qu’aucun choix n’était libre et qu’au contraire il était influencé par d’autres. L’auteur est devenu persuadé que sa femme était à l’origine de ces influences ce qui l’amènera à la tuer, prétendant ensuite qu’il n’est pas l’auteur du crime, que celui qui a fait ce choix est un autre lui dans une autre dimension. Stefan va dans l’une des fins possibles découvrir qu’il est le sujet d’un film produit par une société qui s’appelle Netfix et qui a été crée au XXIe siècle. Dans ce film des spectateurs font des choix pour lui.  Plusieurs sites (dont The Wrap) ont comptabilisé 5 fins possibles (mais ne mentionnent pas à ma connaissance celle dans laquelle Stefan au lieu d’écrire TOY sur le coffre-fort de son père, écrit PAC).

L’épisode s’inscrit dans une longue tradition des narrations interactives que ce soit les romans interactifs comme Les livres dont vous êtes le héros qui datent des années 60, les tentatives de cinéma interactif qui datent également des années 60 ou plus récemment les jeux narratifs interactifs apparus dans les années 80. On peut dire que Netfix recycle du vieux. L’objectif de cet épisode au-delà de l’hommage à ces formes de narrations interactives est de prouver que les choix proposés dans ces jeux et donc dans cet épisode n’en sont pas (ou le sont de façon limitée) et que par conséquence nous ne sommes pas vraiment libre de nos choix. Quel rapport avec l’univers du jeu vidéo ? Aucun, cette idée de l’absence de libre arbitre est vieille comme le monde, il suffit de relire La vie est un songe de Pedro Calderón de la Barca, écrite en 1635 . Quel rapport avec les nouvelles technologies ? Aucun, on peut parfaitement travailler sur ce sujet sans en passer par le jeu ou les nouvelles technologies, ce qui certes rendrait l’épisode moins attrayant (on voit bien que Netfix surfe sur le retour des années 80) mais pas moins pertinent.

Dans l’une des fins, Netfix découvre soudainement le post-modernisme, en faisant prendre conscience au personnage Stefan qu’il est un personnage. Rappelons tout de même que le champ du post-modernisme a été exploré entre autre par la littérature et notamment la littérature anglophone, dès les années 70 et que sur ce sujet Netfix n’a rien à apporter ni rien à dire, c’est juste un gadget rapidement oublié par la grande théorie mise en avant dans l’épisode sur l’absence de choix.

Nous vivons donc dans une réalité limitée et contrôlée par d’autres. Merci Matrix. L’épisode fourmille de références un peu faciles : le choix de la date est une référence à George Orwell, son titre à Lewis Caroll, certaines citations renvoient directement à Matrix, l’épisode fait de nombreux clins d’œil à la série Black Mirror, la plateforme Netfix s’auto-référence en se citant elle-même — c’est beau la modestie ou alors nous dirons que c’est une mise en abyme… Certains parlent de génie, au mieux on peut y voir de l’habilité, car au-delà de ce catalogue de références devenues largement consensuelles, l’épisode se garde bien d’en tirer une quelconque conclusion sur notre époque actuelle, se contentant d’un vague « nous ne sommes pas libres de nos choix ». Ok et donc ? La vraie question n’est pas l’illusion du choix, tel que Netfix le met en scène dans cet épisode mais l’absence d’auteur. Qu’un auteur dans une oeuvre crée de toute pièces des choix pour son lecteur ou son spectateur en lui donnant l’illusion de choisir ne pose pas de problème, il reste maître de son oeuvre. Ce qui pose plus de problème c’est quand un auteur doit changer son oeuvre pour coller à l’attendu supposé de ses lecteurs ou de ses spectateurs. Le problème n’est pas que le spectateur n’a que l’illusion de faire des choix, le problème est quand le spectateur dicte justement ces choix. Quand la notion d’auteur disparaît au profit du pognon et de l’attractivité.

 

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