Les Gueules rouges de Jean-Michel Dupont et Eddy Vaccaro

Coron d’Arenberg, début du XXe siècle. La population locale vit au rythme de la mine, le quotidien est construit sur les cadences des mineurs, une routine parfois brisée par un accident au fonds du puits. La mine est donc l’alpha et l’oméga de toute existence dans cette petite ville, ce que sait trop bien Gervais, un jeune gamin qui, malgré de bons résultats à l’école et l’intervention de l’instituteur auprès de son père, va commencer son travail à la mine puisqu’il faut pour vivre un salaire de plus, même un demi-salaire d’un enfant de 13 ans. Gervais suit les pas de son père, comme ce dernier à suivi les pas de générations d’hommes obligés pour un maigre salaire de descendre au fond, de se tordre le dos et de s’encrasser les poumons pour le bénéfice de rentiers. L’arrivée dans la région et à Valencienne, la grande ville tout près, d’un cirque venu des États-Unis va offrir au gamin un nouvel horizon. Surtout qu’il ne s’agit pas de n’importe quel cirque, mais de celui de Buffalo Bill, avec ses cohortes de cow-boys et d’indiens. Aux yeux du gamin, ces individus n’ont rien perdu de leur superbe et il est prêt à défier la routine quotidienne et son père pour aller les observer de plus près.

J’avais moyennement aimé Love in Vain, notamment à cause des dessins. Il me reste d’ailleurs toujours cette impression d’une bande dessinée qui croit faire de l’original sur un thème peu connu (ce qui est stupéfiant puisque cette histoire d’un blues-man ayant vendu son âme au diable est archi connue, notamment depuis le film des frères Cohen), secondée par un dessin plutôt tape-à-l’œil. Une impression que je n’ai pas eu avec Les Gueules rouges, bien que ce soit le même scénariste. Le dessinateur par contre est différent et j’avoue préféré de très loin les dessin d’Eddy Vaccoro à ceux de Mezzo.

Cette histoire d’une rencontre entre les gueules noires et les gueules rouges, bien que complètement fictionnelle, est passionnante et très convaincante. D’une part parce que l’auteur ne se limite pas à utiliser l’univers des gueules noires pour faire toile de fond, mais il en fait un élément à part entière du récit en décrivant les journées de travail et le quotidien de ces familles tourné exclusivement vers la mine. Il prend même le soin de retranscrire le patois des mines, ce qui ajoute à son récit un surcroît d’authenticité. Il fait la même chose avec le cirque Buffalo Bill dont il réussit à présenter à la fois les faiblesses (perçues notamment par les adultes) et l’attraction pour un enfant comme Gervais. Ce qui fait que la rencontre entre ces deux mondes peut avoir lieu.

L’accent est bien évidemment mis sur le fascination qu’éprouve cet enfant pour les Indiens, mais en filigrane la question du travail (avec en toile de fond les grèves et les premiers mouvements anarchistes), celle de l’école (autour de la figure de l’instituteur qui contre-balance le poids du père et de la famille) et celle de la religion ainsi que des préjugés sont abordées et, de cette multiplicité, se dresse un portrait complexe de cette société du début du siècle. Le regard de l’auteur se porte avant tout sur l’humain dont il tente de comprendre les aspirations, les contradictions et les faiblesses. Même le Colonel Cody, qui n’est plus que l’ombre alcoolisée de lui-même, aspire au lecteur une certaine sympathie. Cette empathie de l’auteur pour les personnages se transmets au lecteur par la narration et notamment par les dessins à l’aquarelle d’Eddy Vaccaro.

Cette empathie que l’ont ressent est d’autant plus grande que l’on perçoit que les aspirations et les ambitions de ces individus (de Gervais entre autre) vont bientôt se broyer sur l’événement effroyable de ce début de siècle, une guerre bien réelle celle-là et pas une guerre d’acteurs : la Grande Guerre.

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