Basquiat et Schiele à la Fondation Vuitton

L’autre exposition événement de cette rentrée parisienne est celle consacrée à Jean-Michel Basquiat à la Fondation Vuitton, en association (?, la raison tient peut-être au fait qu’ils sont tous les deux morts prématurément, l’un au début du siècle, l’autre à la fin) avec une autre exposition consacrée à une figure plus méconnue et peut-être moins tendance, Egon Schiele. Ayant gardée un souvenir poignant de l’exposition Facing the Modern à la National Gallery sur les portraits à Vienne en 1900 où j’avais découvert Schiele, je me faisais une joie de le retrouver à Paris. Quant à Basquiat, je n’ai jamais accroché mais peut-être que l’exposition si elle était bien faite, allait me faire changer d’avis ou à défaut me permettre de comprendre qui il était.

Autant le dire d’emblée, appeler exposition ce que nous présente la Fondation Vuitton sur Schiele est un mensonge éhonté. Peu ou pas de toile du peintre, mais une succession de crayonnés (non dénués d’intérêts), le tout dans l’ordre chronologique, ce qui fait un peu mince. Une centaine d’œuvres certes, mais pas les plus emblématiques du peintre, et surtout des travaux préparatoires mais rien (ou si peu) sur le travail abouti. Alors ces documents peuvent être intéressants, mais à la condition qu’ils soient replacés dans le cadre du travail de l’artiste et exploités en ce sens. J’ai cependant appris une chose : Egon Schiele n’a pas fait que des portraits, il a aussi peint des paysages, ce que je ne savais pas. Mais il en a fait peu et pas des plus remarquables. L’exposition Facing the Modern, qui pourtant n’était pas exclusivement consacrée à Egon Schiele était de loin plus intéressante que ce que nous propose la Fondation Vuitton.

Autoportrait, 1912,

Quant à l’exposition sur Jean-Michel Basquiat, je l’ai traversée avec une relative indifférence. Beaucoup d’éléments biographiques avec un propos appuyé sur son origine modeste et sur le précocité de son art (il est exposé dès l’âge de 23 ans), des analyses plutôt convenues sur la puissance de son art (je déteste ce mot de puissance qu’on nous sort à chaque fois pour analyser l’oeuvre d’un artiste ou d’un écrivain, ce mot ne veut rien dire), sa virtuosité et un récit très romantique sur sa carrière. Personnellement, j’ai du mal avec cette lecture un peu uniforme des artistes du Pop Art ou du Street Art (les deux se sont parfois rejoints) qui les présente comme des artistes à part, en donne des visions très manichéennes (eux contre le vilain monde de l’art) alors qu’ils sont justement intéressants par leur ambiguïté même : ils dénoncent une société de consommation dans laquelle ils jouent parfaitement leur place, et veulent prétendre se démarquer des institutions tout en acceptant leur jeu (l’art de rue c’est bien au début, mais c’est quand même mieux d’être exposé dans des musées ou des galeries).

Sans titre, 1982

Et bien sûr aucune réflexion sur la place d’un artiste comme Basquiat dans une fondation privée comme celle de Vuitton ou sur son succès. Mais là j’en demande peut-être beaucoup.

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