Notre mère la guerre : le récit complet de Kris et Maël

Janvier 1935. Roland Vialatte se prépare pour son dernier voyage et demande la présence d’un prêtre pour recueillir ses dernières paroles. Ancien lieutenant de gendarmerie, il a été appelé sur le front en janvier 1915 pour mener une enquête sur une série de meurtres.

Début de l’année  1915, Joséphine Taillandier, 17 ans, est serveuse dans un débit de boisson dans la commune de Méricourt en Champagne. Cette taverne est depuis le début de la guerre fréquentée par des soldats en permission qui peuvent se montrer agressifs envers elle. Un soir, en se défendant des avances brutales d’un soldat, elle est frappée violemment par ce dernier. Les hommes présents dans la taverne s’interposent rapidement et l’affaire semble close. Sauf qu’une semaine après le corps de Joséphine est retrouvé enterré à la hâte dans une tranchée sur les premières lignes. Le soldat est arrêté puis fusillé et l’affaire semble cette fois bien terminée. Trois jours plus tard, Mariette Vaugenard est retrouvée la gorge tranchée également sur les premières lignes, puis c’est au tour d’Irène Hornby, correspondante pour un journal canadien de trouver la mort dans les mêmes circonstances.

Le lieutenant Vialatte se voit donc confier la délicate mission de mener une enquête criminelle en pleine guerre. Après avoir lu les premiers rapports d’enquête, tout semble désigner un régiment d’anciens criminels, enrôlés dans l’armée en échange de leur future libération. Ce régiment est sous le commandement du Caporal Peyrac, une connaissance de Vialatte…

Surprenante expérience que de lire le récit complet de Notre mère la guerre. Il me semble qu’il y a quelques années, j’avais lu les deux premiers tomes sans les apprécier. Puis après avoir entendu Kris parler du projet derrière ce récit, notamment de rendre compte des débats historiographiques sur la Grande Guerre, entre consentement et contrainte, je m’étais dit qu’il fallait que je redonne sa chance à cette bande dessinée. C’est chose faite à présent et je ne comprends pas pourquoi je n’ai pas aimé les deux premiers tomes il y a de ça quelques années. Mal lunée ? Confusion avec une autre bande dessinée ? En tout cas, cette relecture m’a permis de (re) découvrir ce récit passionnant et en tout point maîtrisé.

Le lecteur plonge avec le lieutenant Vialatte dans l’horreur de la guerre, découvre de magnifiques portraits de poilus, de véritable gueules qui nous font voir toutes les facette de ce conflit. Au fil du récit sont effectivement abordées les questions du consentement, à travers le personnage de Vialatte, et de la contrainte, à travers celui  de Peyrac, tout en embrouillant les positions puisque l’allongement du conflit fait disparaître la question du consentement ou de la contrainte au profit de la simple lutte pour la survie. Des scènes évoquant les gaz à celles détaillant les traumatismes du conflit sur les individus, toute la gamme des thématiques liées à ce conflit est abordée sans que cela ne dégénère en catalogue. Car dans ce traitement de la guerre, les auteurs n’oublient pas leur histoire principale, cette enquête criminelle, point de départ du récit.

Dans ce récit, justement, on perçoit les recherches et les lectures historiques faites par les auteurs, sans que cela ne se termine dans une vaste leçon sur le conflit. Ils savent de quoi ils parlent, mais ne cèdent pas pour autant à l’exposition érudite désincarnée, mais au contraire en gardant l’objectif de la narration. Notre Mère la guerre me rappelle le film de Bertrand Tavernier, Capitaine Conan, à la fois pour la thématique de la justice en temps de guerre et pour le personnage de Peyrac, non pas sur son apparence physique mais plutôt sur ses valeurs.

Parmi les autres références possibles de ce récit, on peut citer Tardi. Le graphisme de certaines planches font énormément penser à la bande dessinée C’était la guerre des tranchées. J’ai beaucoup aimé aussi, au début de la bande dessinée, un passage construit à partir de lettres qu’échangent les poilus et leurs proches (souvent leur femme), et qui montre très bien à quel point le dialogue est impossible entre eux, entre ce que vivent les poilus et ce que peuvent entendre leurs proches.

 

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