The Sisters Brothers de Jacques Audiard

Les frères Sisters, Eli (John C. Reilly) et Charles (Joaquin Phoenix),  sont les hommes de main du Commodor et sont réputés pour accomplir leurs missions avec brutalité et sans la moindre compassion pour leurs victimes. Alors qu’Eli songe à mettre un terme à son engagement pour s’établir quelque part, Charles n’y entend rien et accepte une énième mission du Commodore, au prétexte qu’elle parait facile : ils doivent procéder à l’arrestation d’un homme, Hermann Kermit Warm (Riz Ahmed), qui a fui mais a déjà été repéré en direction de l’Ouest par un détective, John Morris (Jake Gyllenhaal). Lorsque John Morris les informe qu’il a lui-même procédé à l’arrestation de Warm, sans leur intervention, et qu’ils n’ont plus dès lors qu’à venir chercher le paquet, Eli et Charles pensent que la poursuite de la mission se fera sans encombre. Mais au point de rencontre, Morris et Warm ne sont pas là et les frères Sisters apprennent qu’ils ont fui ensemble. Eli veut arrêter la mission, prétextant qu’ils n’ont été payés que pour aller chercher Warm pas pour le traquer lui et Morris, Charles veut continuer, pour le Commodore, mais pas uniquement…

Ce huitième long-métrage de Jacques Audiard repose sur l’adaptation d’un roman de Patrick DeWitt, The Sisters Brothers, publié en 2011. Le narrateur du roman était Eli, un personnage en proie aux doutes, qui veut arrêter mais ne peut pas se résoudre à laisser tomber son frère (comme il ne parvient pas à abandonner son cheval borgne). Il est pourtant des deux frères le plus brutal et le plus efficace. A contrario Charles parait plus sanguin, mais son alcoolisme le rend finalement moins dangereux que son frère. Eli dans tout le roman est une figure complexe qui allie extrême violence et poussée romantique. Hormis lors de l’exécution de ses contrats où il peut faire preuve d’une extrême violence, il est au quotidien un être affable, timide avec les femmes, précautionneux dans ses relations avec les autres, tout l’inverse de son frère.

Le film rend bien compte de la différence entre les deux frères : entre Eli le rationnel et Charles l’impétueux. Jacques Audiard joue moins la carte du ridicule, contrairement au roman qui à certain moment pouvait allier dans la même scène une extrême violence avec la stupidité la plus crasse. Parmi les petites différences, il y a la scène avec le Commodore, qui contrairement à ce qui est montré dans le film, n’est pas mort quand les frères se présentent chez lui à la fin du contrat. Et c’est Eli qui se charge de le noyer dans sa baignoire.

Jacques Audiard réalise un film classique, presque un rêve de western. On y retrouve les grandes chevauchées, les caravanes, l’ambiance des saloons. Tout y est mais avec ces petits détails supplémentaires qui donne le ton juste aux scènes. La première scène du film, avec les plans de nuit où les échanges de tirs apparaissent comme de magnifiques éclats lumineux est une vraie réussite. Même chose avec la scène dans la rivière quand Charlie rendu fou par la présence de l’or commet l’irréparable. Le roman décrivait un monde qui s’achève (celui des cow-boys) et un autre qui se construisait sur ses ruines, le film suit cette démarche en opposant Charlie le frustre à son frère ou à Morris, amateurs de brosse à dent et qui cherchent tous les deux un autre choix de vie possible (tout aussi illusoire finalement).

Après avoir chevauchés la ruée vers l’Or, et y avoir perdu une main pour quelques poignées du précieux métal, après avoir partagés le rêve d’une communauté idéale dans la ville de Dallas mais pour mieux y mettre fin, Eli et Charles parviennent à comprendre ce qu’ils sont : des frères. Ils ne leur restent plus qu’à rentrer chez eux, pour y finir leur vie auprès de leur mère. Le film à l’image du roman montre bien qu’ils ont fait leur temps. Et le monde qui viendra après eux sera moderne à défaut d’être meilleur.

 

 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s