J’veux du soleil de François Ruffin et Gilles Perret

Tout semble partir d’une réaction de François Ruffin devant les propos acerbes que certains de ses proches colportaient sur le mouvement des Gilets jaunes. Ce sont des fachos, des homophobes et des anti-services publics. François Ruffin a donc décidé d’aller voir sur place ce qu’il en était auprès de ceux qui tenaient les ronds-point, embarquant avec lui Gilles Perret, réalisateur du formidable Les Jours heureux et du non moins formidable La Sociale. Et surprise (ou plutôt, non : évidemment), il découvre un autre tableau, fait de solidarité, de casses sociales et d’envie de vivre dignement. De ce tour de France des ronds-point occupés par les Gilets jaunes, il en a bâti ce film, J’veux du soleil pour casser l’image dégradante et violente qui colle à ce mouvement et donnez à voir autre chose.

Le documentaire de François Ruffin a été fait dans l’immédiateté du mouvement, il est donc aisé de lui reprocher son manque de recul face aux Gilets jaunes et sa lecture particulièrement bienveillante de ce mouvement. On ne reviendra pas sur la sincérité des témoignages qui parsèment le film de Ruffin, mais cette accumulation de personnages touchants parce que cassés socialement finit par poser problème.

Non seulement le film manque de recul mais il est évident que Ruffin choisit les personnes et les situations pour servir son propos, un propos qui se résume en quelques lignes : les Gilets jaunes ne sont pas des fachos ou des homophones ; ils sont des gens brisés par le système, qui ont décidés de lutter et en luttant ont redécouvert ce qu’était la solidarité. Certes, c’est probablement vrai, mais à trop vouloir ne montrer qu’un aspect du mouvement (le plus favorable à sa démonstration), on finit par ne plus le suivre. A trop vouloir ne voir que le positif, Ruffin dénature la réalité des faits et jette le doute sur son propre message.

Du coup, le documentaire ne parait pas sérieux. On a plus l’impression de voir un film de propagande qui chercherait à nous vendre à tout prix des images et des propos convenus sur un mouvement autrement plus complexe que ce qu’en dit Ruffin. Ce film montre surtout qu’il faudra du temps et du recul pour bien saisir ce qu’est ce mouvement. Cependant, une chose est sûre : le recouvrement de la dignité dont témoigne ce film est probablement le legs qui paraît déjà le plus fort du mouvement des Gilets jaunes. Enfin ne plus vivre sa situation de dominé comme une honte mais comme le scandale qu’elle est, retrouver la parole, et la prendre avec les autres et, partant, recouvrer sa dignité, faire que la honte change de camp : en cela, ce mouvement est déjà un tournant que le film documente à sa manière.

En fait, ce film apparaît comme une pierre à l’édifice que Ruffin — et plus largement la France insoumise — semble vouloir bâtir : renouer le lien défait par le PS entre la gauche et les classes populaires. Dès lors, le film est à l’image du reste de l’action de la FI, à la fois porteur d’espoir et d’enthousiasme mais aussi problématiques par ses points aveugles, voire sa cécité volontaire.

A Mamers, la projection était organisée par La Ligue des droits de l’homme, et elle était suivie par un débat. Un débat peu intéressant mais qui a quand même permis de mettre un visage sur le groupe des gilets jaunes de Mamers et d’amorcer une discussion notamment sur ce qu’il va advenir du mouvement. Discussion pas toujours facile, notamment avec les sympathisants mais non participants au mouvement, qui montre à quel point nos démocratie sont malades de ne plus savoir parler, s’opposer aussi et qu’une grande colère couve dans chaque individu. Il est urgent de re-faire société.

 

 

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