The Favourite de Yorgos Lanthimos

Abigail Hill (Emma Stone), tombée dans la plus complète pauvreté suite aux frasques de son père, décide de proposer ses services à la reine Ann (Olivia Coleman), profitant pour ce faire de ses liens familiaux avec la conseillère de la reine, Sarah Churchill, duchesse de Marlborough (Rachel Weisz). Les premiers jours au château sont pour elle extrêmement cruels : elle doit constamment subir les moqueries et les sournoiseries de ses compagnons de travail. Mais avec habileté, elle parvient à se faire remarquer de la reine, en lui procurant des herbes pour calmer ses douleurs aux jambes. Elle quitte donc le service commun,  devient l’alliée de Lady Sarah et se rapproche ainsi de la reine. Comprenant que sa situation dépend encore du bon vouloir de Lady Sarah,  elle oeuvre chaque jour à la remplacer dans l’intimité d’Ann, ce que perçoit rapidement Sarah qui voit dès lors en sa cousine une rivale avec laquelle elle doit s’affronter pour garder sa place auprès de la reine.

Sixième long-métrage de Yorgos Lanthimos, le deuxième vu en ce qui nous concerne après l’excellent mais très étrange Lobster. The Favourite est un film très classique, porté par une mise en scène soignée, une photographie ciselée, des dialogues très travaillés et des acteurs bons voire très bons. Emma Stone est parfaite dans ce rôle de petite peste mignonne, Rachel Weisz dans celui de cette femme mûre, ambitieuse et aimant le pouvoir et Olivia Coleman dans celui de cette reine débordée, dévastée par la mort de ses enfants et ennuyée / dépassée par le poids du pouvoir. L’utilisation d’un objectif Fish-eye (qui donne cette impression de vue en arrondie et qui avait été utilisé dans 2001, l’odyssée de l’espace avec les vues subjectives d’HAL) et la structure en chapitres du film, avec des extraits de dialogues qui insistent sur le caractère vulgaire des personnages, donnent au film une esthétique très précieuse.

Alors oui, le film est très beau, les acteurs sont parfaits, la reconstitution de l’époque intrigante et plutôt crédible à l’écran, il n’en reste pas moins que cette histoire de guerre entre favorites sur fond de guerre réelle entre nations (ici entre l’Angleterre et la France) n’est pas nouveau et, malgré l’exactitude du sujet, ne nous passionne que très peu. Il y a même quelque chose d’assez ennuyeux à regarder pendant deux heures ses femmes se battre pour une place peu enviable auprès de la reine ou de voir les amusements de la cour entre courses de canard et bataille de tomates. La grossièreté côtoie le décorum, la politique — notamment l’affrontement entre les Tories et les Whigs — se perd dans des mouvements de perruque. A ce compte-là, c’est assez facile de se moquer, de rire de ces leaders de pacotille. La préciosité du film vire donc rapidement à une certaine pédanterie.

Ainsi cette description à charge passe-t-elle à côté de l’essentiel. Si les conflits entre personnes pouvaient prendre l’apparence de conflits personnels voire individuels, ils ne se limitaient pas à cela. Le film ne montre pas cette époque telle qu’elle était mais telle que la comprend le réalisateur, et c’est pas brillant.

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