Le Sillon de Valérie Manteau

Une jeune femme rejoint son amant en Turquie à Istanbul. Sur place, elle découvre un pays traversé par de très nombreux conflits comme la contestation qui s’organise dans le parc Gezi contre le projet immobilier de la municipalité et pour le maintien du parc, contestation qui est réprimée brutalement par les forces de police et se solde par la mort de 6 manifestants. Elle côtoie alors de nombreux journalistes et écrivains qui s’inquiètent de la dérive autoritaire du premier ministre, Recep Tayyip Erdoğan, qui s’en prend de plus en plus ouvertement aux journalistes arméniens ou à ceux qui sont proches d’eux. Au fil de ses errances et de ses rencontres avec les milieux intellectuels turcs, elle découvre l’histoire de Hrant Dink, journaliste arménien de Turquie, assassiné pour avoir défendu un idéal de paix. Elle décide alors de raconter son histoire.

Ce roman a reçu le prix Renaudot en 2018, un prix attribué non sans peine, puisque le roman avait été retiré de la liste finale des nommés avant d’être « repêché », après six tours de vote et une courte majorité.  Le titre du roman fait référence au nom du journal, Agos (« le sillon » en français), dans lequel travaillait Hrant Dink. Il s’inscrit dans le genre du roman autobiographique, tout en prétendant apporter un éclairage sur la situation politique en Turquie.

Le narrateur du roman est donc l’auteure, Valérie Manteau, qui raconte sa vie à Istanbul, ses difficultés de couple avec son amant (qui n’est pas en soi un personnage du roman puisqu’il ne prend jamais la parole et n’est présent que dans ce qu’en dit de lui l’auteure), et ses recherches sur Hrant Dink. Dire que ce roman est égocentré relève presque de l’euphémisme : l’auteure est le personnage unique du roman, on n’entend que sa voix et l’ensemble des thèmes qu’elle aborde (que ce soit ses difficultés de couple ou la situation politique en Turquie) sont vus par son seul prisme. Ses recherches sur Hrant Dink suivent le même processus, certes elle s’intéresse à son travail mais ne peut s’empêcher de tout ramener à elle, ancienne journaliste de Charlie Hebdo. Elle fait donc des rapprochements constants entre la situation en France et celle en Turquie, notamment en ce qui concerne la liberté d’exercice des journalistes, ce qui peut surprendre ou à défaut faire sourire (un peu jaune toutefois).

L’auteure soulève des questions fondamentales sur ce qui se passe en Turquie et sur la purge qui a suivi le « coup d’état » de juillet 2016 dans les milieux universitaires et intellectuels turcs. Le problème reste qu’à force de tout ramener à elle et de tout mélanger avec ses petits problèmes sentimentaux, elle dessert son propos. Il y a même une certaine indécence à faire se côtoyer des problèmes aussi anecdotiques que ses relations avec son amant et les événements autrement plus dramatiques (et intéressants) qui se passent en Turquie.

Lire, c’est sortir de soi. Alors lire une auteure qui ne fait pas cette démarche salvatrice, c’est assez déprimant, surtout quand elle prétend s’intéresser à la Turquie. J’aurais aimé qu’elle s’efface plus devant son sujet.

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