Thomas Schütte, trois actes à la Monnaie de Paris

Thomas Schütte est un sculpteur et un architecte allemand, né à Oldenburg en 1954 et vivant actuellement à Düsseldorf. L’exposition qui lui était consacrée à la Monnaie de Paris jusqu’au 16 juin 2019 revenait sur plus de trente années de la carrière de cet artiste et s’organisait autour de trois axes ou trois actes décrits dans la plaquette d’exposition : les muses et héros autour de la représentation de la figure humaine, l’autre et l’au-delà sur la thématique de la mort et, enfin, du modèle au monument puisque l’artiste expérimente constamment l’échelle en passant de la maquette à l’oeuvre monumentale.

De la première salle d’exposition sur le thème de la figure humaine, le visiteur peut explorer les différentes techniques utilisées par Thomas Schütte pour représenter l’humain. Passant du bronze, à l’aluminium puis au verre ou à la céramique (de matériaux nobles à d’autres plus communs comme l’acier), ces sculptures, jouant constamment sur les échelles (du très petit au monumental) et s’inscrivant dans une longue tradition de représentation humaine, donnent à voir un humanité dispersée, malmenée, en proie au grotesque ou à la grimace. La femme ou la muse dans ses représentations est souvent coupée, ramassée sur elle-même ce qui assez perturbant, car dans cet amas de corps dont le visage est à peine reconnaissable, les attributs sexuels sont eux bien identifiables.

Stahlfrau n°18 (Femme en acier), Thomas Schütte, 2006

Le deuxième acte se focalise sur la question de la mort. L’artiste s’est lui-même confronté à l’idée de mort en réalisant en 1981, alors qu’il n’a que 27 ans, sa propre pierre tombale où est inscrit la date supposée de sa mort réelle, le 25 mars 1996. non réalisée, cette oeuvre montre la préoccupation d’un artiste pour sa mort et sa postérité. La série des Ennemis unis est particulièrement intéressante. Au départ il s’agit de figurines de la taille d’une marionnette dont les visages sont marqués par la contrariété, leurs corps à peine ébauchés sont plantés sur des tiges en bois, recouvert d’un tissu et assemblés par deux. Leurs visages tournés pour ne pas voir l’autre accentuent cette impression de contrainte. Exposées une première fois en 1993, l’artiste s’aperçoit que comme elles sont trop petites, le public ne les regarde pas. Il ajoute alors des photographies en plan rapproché qui orientent le regard du public vers les expressions des visages. Ce sont ces mêmes sculptures qu’on retrouvera dans les cours du musée en version monumentales. Évoquant la difficulté de vivre avec l’autre, les marionnettes ont été créées dans le début des années 1990, peu de temps après la chute du mur, ce qui n’est pas anodin mais ne doit pas limiter leur lecture à ce seul contexte.

United Enemies (Ennemis unis), Thomas Schütte, 1993-1994.

Le troisième acte se consacre très largement au travaux d’architecture de Thomas Schütte, avec l’exposition de ses maquettes et les photographies de sa Fondation pour la sculpture construite en Allemagne près de Neuss et inaugurée en 2016. Le bâtiment est à la fois un lieu d’exposition, mais également un lieu d’archives et de recherches sur ce médium. C’est aussi l’occasion pour le visiteur d’aller parcourir les différentes cours de la Monnaie de Paris pour admirer les sculptures monumentales de l’artiste. Beaucoup de ces sculptures monumentales reprennent les versions plus petites exposées dans le musée, comme celle des Ennemis unis de 2011 exposée dans la cour d’honneur. Dans la cour de l’Or, on peut admirer « Vater Staat » (« Père patrie »), un Père patrie sans bras et sans ses attributs de pouvoir, engoncé dans son habit mais dont le visage sévère tente malgré tout de maintenir une certaine autorité. A méditer.

« Vater Staat » (« Père patrie »), Thomas Schütte, 2010.

Dans la cour des remises, deux sculptures inédites et produites à l’occasion de cette exposition se font face : un Homme sans visage (en fait il le tient dans l’une de ses mains) regarde un Homme au drapeau, les deux figures ayant les pieds pris dans la boue, un élément récurrent chez cet artiste.

« Man Without Face » (« Homme sans visage ») et « Mann mit Fahne » (« Homme au drapeau »), Thomas Schütte, 2018.

Une exposition passionnante, très bien organisée autour des multiples salles et cours de la Monnaie de Paris et qui parfaitement compte des thématiques et des techniques de cet artiste qui m’était inconnu et dont j’ai apprécié bon nombre de ses œuvres. Moi qui avait peu apprécié les deux précédentes expositions que j’avais faites ici (Take me, I’m Yours et Maurizio Cattelan), au point de me méfier de leurs nouvelles expositions, je suis à présent réconciliée avec ce lieu.

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