Rouge au Grand palais

Exposition présentée au Grand palais en partenariat avec les centre Pompidou jusqu’au 1er juillet 2019 et qui retrace plus de trente ans d’activité artistique dans la Russie de l’après-révolution. Allant de 1917, date de la révolution d’octobre jusqu’en 1953, date de la mort de Staline, le parcours de l’exposition d’articule autour de deux séquences, la première qui se situe dans les années 1920 et décrit ces années comme les plus foisonnante en terme de création artistiques, la seconde dans les années 1930 et 1940 quand l’art se met complètement au service de l’Etat. Plus de 400 œuvres sont présentées au fil du parcours, œuvres pour la plupart inédites en France.

Une exposition totale pour faire un mauvais jeu de mot : la pluralité et la diversité des œuvres exposée est impressionnante et permet au visiteur de réellement plonger dans cette période. Architecture, théâtre, cinéma, sculpture, peinture, design et même street art, tous les vecteurs artistiques sont utilisés pour accompagner l’utopie de créer une nouvelle société et donc la nouvelle esthétique qui devra la promouvoir.

C’est l’une des qualités de cette exposition que de montrer comment la culture peut être utilisée pour réformer une société et tenter d’imposer de nouveaux critères esthétiques. Cette démonstration doit nous permettre par la même de réfléchir aux nôtres. Si ces œuvres nous apparaissent pour la plupart comme étant laides, est-ce parce qu’elles le sont réellement ou parce que notre œil habitué à l’esthétisme occidental n’y reconnaît pas ses valeurs ? Une peinture représentant une femme nue, avec une carrure très sportive, présentée comme érotique, était pour moi la parfaite incarnation du totalitarisme. Si ces images pouvaient susciter l’adhésion dans les années 1930, à notre époque elles véhiculent un tel substrat nationaliste qu’elles sont immédiatement rejetées.

Deux mouvements artistiques naissent de la Révolution d’Octobre, le constructivisme et le productivisme. Ces deux mouvements se rejoignent dans leur dénonciation de l’art bourgeois et veulent un art qui investisse l’espace public et transforme les modes de vie. Dans le parcours de l’exposition, la différence entre ces deux mouvements n’est pas clair, d’une part parce qu’ils sont contemporains et d’autre part parce que les artistes ont évolués de l’un vers l’autre. A tel point que sur de nombreux panneaux de présentation, les deux termes semblent des synonymes. Pourtant il y a bien une différence, le constructivisme en cherchant de nouvelles formes esthétiques a évolué vers des compositions de plus en plus géométriques et est par conséquent non figuratif. Le terme apparaît en 1920 dans le Manifeste réaliste de Naum Gabo. Le productivisme est créé par des artistes constructivistes qui contestent l’évolution de ce mouvement vers l’abstraction. Voulant un art pratique et utile à la société, les artistes productivistes se tournent vers la production industrielle pour créer des objets d’usage pour le prolétariat.

Mikhaïl KAUFMAN, Rodtchenko porte la tenue de production dessinée par sa femme V. Stepanova, © A. Rodchenko & V. Stepanova Archive (source : https://www.grandpalais.fr/fr/article/quest-ce-que-lart-productiviste)

Ces deux mouvements semblent disparaître dans les années 30 au profit du réalisme socialiste,  dont l’injonction est pour tout artiste de « représenter la réalité dans son développement révolutionnaire », à l’inverse du réalisme critique. De l’architecture des « condensateurs sociaux », entendu des espaces de vie pensés pour le collectif, on passe à l’utopie de la ville stalinienne, monstruosité fascinante qui se déploie dans les dernières salles de l’exposition.

Au sortir de l’exposition des impressions mitigées. J’ai eu l’impression que ces œuvres servaient de repoussoir pour nous montrer à quel point l’art soviétique était tellement tourné vers la promotion de l’idéologie communiste qu’il en devenait vide de sens et donc laid. Pourtant l’idéologie libérale n’a pas utilisé d’autres vecteurs pour promouvoir ses valeurs et je trouve que l’exposition ne montre pas assez à quel point la création artistique est un enjeu politique dans tous les régimes. Il y a aussi quelque chose de fascinant et d’intéressant dans l’échec de l’utopie communiste, surtout dans nos temps présent où le libéralisme associé au capitalisme fait la démonstration quotidienne de son autoritarisme.

Alexandre Deïneka, Pleine liberté, 1944,State of Russian museum St. Petersburg.

 

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