Là où se termine la terre de Désirée et Alain Frappier

Pedro Atias Munoz, fils de l’écrivain et membre du parti socialiste chilien, Guillermo Atias, raconte à la première personne dans ce roman graphique son parcours depuis sa naissance en 1948 jusqu’à son exil forcé en France suite au coup d’état du général Pinochet.  A travers lui, se dévoile le parcours de nombreux adolescents devenus ensuite de jeunes adultes, qui parce qu’ils avaient été impressionnés par la révolution cubaine, se sont engagés dans des associations militantes comme le Mouvement de la gauche révolutionnaire (MIR) pour promouvoir un socialisme chilien. Le récit mêle la grande histoire avec la petite, l’intime et le politique pour donner vie à ce Chili qui est advenu…

Même si la thématique m’a beaucoup intéressée et que je dois reconnaître une grande qualité documentaire à ce roman graphique, son visuel et son découpage narratif m’a posée de nombreux problèmes.

Du roman graphique, Là où se termine la terre ne garde que peu de caractéristiques à moins d’aller voir du côté des romans d’auto-fiction, très prisés actuellement (à mon grand regret). Le narrateur de cette bande dessinée en est donc également le personnage principal, son récit occupe l’ensemble des pages sous la forme d’une sorte de voix off omniprésente. Le roman est donc davantage récit, voire récit témoignage qui ne laisse que peu de place à l’imaginaire ou à la fiction. Quand l’intime laisse place à la grande histoire, le procédé reste en grande partie le même, le narrateur couvrant dans de larges planches des pans entiers de l’histoire du Chili. La richesse de l’apport documentaire associé à la voix off du témoin donne à ce roman graphique un aspect très (trop) documentaire.

Le graphisme, quant à lui, ne joue pas pleinement des différentes possibilités d’association entre le texte (qu’il soit dialogue ou récitatif) et les images. Dans la majorité des cas, les dessins sont là pour illustrer les récitatifs (sur la grande histoire ou sur l’histoire plus personnelle du témoin) ou pour servir les dialogues. Pas ou peu de planches sans texte, pas ou peu de dessin proprement narratif. Il y a d’un côté la narration assumée par le témoin et de l’autre le dessin qui vient l’illustrer.

Alors certes, l’histoire de Pedro est passionnante, certes les recherches documentaires menées pour construire ce récit sont rigoureuses, mais il manque ce qui fait le sel d’une bande dessinée (qu’elle se nomme roman graphique ou pas). Le style et le ton de ce roman graphique sont trop documentaires. Il manque l’audace que l’on peut voir dans certaines bandes dessinées quand les images construisent la narration tout autant que les dialogues ou le texte. Il y a alors un jeu qui s’installe entre elles et le texte, elles peuvent le contredire, le remplacer ou l’accentuer. La lecture devient alors jubilatoire. Même chose quand le découpage, l’enchaînement des planches et des cases s’appuie sur le lecteur pour construire la narration, en jouant sur l’ellipse notamment. Je n’ai pas retrouvé ce jeu dans ce roman que je trouve dès lors trop froid.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s