The King de David Michôd

Le jeune Hal (Timothée Chalamet) passe le plus clair de son temps à boire et courir les jupons avec son ami John Falstaff (Joel Edgerton). Aîné dans la lignée royale, il doit normalement succéder à son père (Ben Mendelsohn) mais ce dernier lui préfère son plus jeune fils Thomas.  Or le royaume se consume en divisions et en conflits qui vont emporter Thomas et conduire Hal sur le trône d’Angleterre, un trône menacé par les divisions internes et menacé par la France. Qui plus est, les lords semblent peu enclins à se laisser gouverner par un ancien soûlard. Pourtant et contre toute attente, Hal, devenu Henry V, va tourner le dos à ses affres passés, rejeter l’héritage de son père et engager le royaume vers l’unité. Et quoi de mieux qu’une guerre contre la France pour souder un royaume en proie à la division…

Ce film n’est pas l’adaptation de la pièce du même nom de Shakespeare, il s’en démarque notamment par la place qu’il accorde à John Falstaff, même s’il en reprend quelques uns des stigmates comme cette construction autour de la figure de ce jeune homme qui quitte sa vie de débauche pour endosser (avec talent finalement) son rôle de roi.  Le film veut davantage coller à la réalité historique, une réalité historique qui semble faire d’Henry V un roi pacifiste, poussé à s’engager dans la guerre contre la France par des conseillers véreux mais parvenant malgré cela à unifier son peuple derrière son roi. A un moment, on se demande même si les Français ne vont pas l’adopter à leur tour. Une telle description du règne d’Henry V parait immédiatement fallacieuse, même au néophyte que je suis, tant cette vision d’un roi pacifiste mené malgré lui à la guerre par des conseillers est une constante dans la fiction et ne doit probablement pas s’appuyer sur des preuves tangibles, bien au contraire.

Alors une fois balayé la référence au dramaturge, une fois écartée la possibilité d’une vision historique d’Henry V, que reste-il ? Un film médiocre, servi par des acteurs peu inspirés, voire complètement à côté de la plaque (la coqueluche d’Hollywood campe un Henry V falot, Lily-Rose Depp en Catherine a le charme et la présence d’une huître, le conseiller, tout véreux qu’il est, parle bas et avec une voix suintante), avec des scènes de batailles (notamment Azincourt) ratées. Tout cela est fort navrant. Et pour un film qui se veut plus proche de la vérité, c’est à mourir de rire (ou d’ennui c’est selon).

Adaptation de Shakespeare, on oublie. Film historique aussi. Film divertissant, on repassera. Film Brexit-compatible, là oui. On se demande si dans le contexte actuel britannique, il n’y a pas de la part du réalisateur une volonté de jouer l’unité en puisant dans des conflits passés et en montrant que ces derniers ont été dépassés grâce à des leaders qui ont su à un moment se révéler ainsi que la scène du discours d’Henry avant la bataille laisse à penser (« This is England! » : ça sent le facho à plein nez). Peut-être. Mais dans ce cas, le film est encore plus navrant, en nous ressortant à nouveau l’idée du leader malgré lui, de cet homme fort qui viendra sortir le peuple de sa léthargie. J’ose espérer que le réalisateur ne compare pas Henry V à BoJo, ni qu’il cherche qui que ce soit pour soutenir la comparaison. Mais avec ce genre de film qui ne dit finalement rien, on en sait pas quel était l’objectif, et si il y en avait un.

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