The Dark Crystal: Age of Resistance (saison 1 ?) de Jeffrey Addiss & Will Matthews

Sur la planète Thra, un millénaire s’est écoulé depuis que Mère Augra a disparu, confiant aux Skeksis (venus d’une autre planète) le pouvoir sur le Cristal de Verité et ainsi la régence de la planète. Utilisant le pouvoir du Cristal pour prolonger leur vie et devenir immortels, les Skeksis l’ont corrompu, le faisant devenir le Sombre Cristal. Celui-ci semble s’être tari et, refusant la perspective de la mort, l’Empereur skeksis, skekSo, a ordonné au scientifique de trouver un nouveau moyen de siphonner son énergie. Il est y parvenu, en découvrant que le pouvoir du Cristal pouvait être utilisé pour siphonner l’énergie d’autres créatures vivantes, ce que les Skeksis comment alors à pratiquer en utilisant leurs serviteurs gelflings. Les Skeksis exercent leur domination sur les cinq tribus gelflings et sur l’ensemble de la planète qui devient progressivement corrompue, reflet de la corruption du Cristal.

Dans la forteresse des Skeksis, Rian, un jeune gelfling guerrier, est témoin du sacrifice de sa petite amie, Mira, dont l’énergie vitale est siphonnée. Dans la tribu des Ha’rar, la princesse Brea découvre un sceau mystique inconnu et décide d’enquêter. Deet, depuis les grottes où vit son clan, découvre la malédiction de l’Assombrissement (Darkening) et décide de s’embarquer dans une quête pour y mettre fin. D’abord séparément, ces trois « petits » Gelflings vont découvrir que le pouvoir des Skeksis menace de corrompre toute la planète Thra et vont le défier, semant les graines de la rébellion.

Prequel du film de 1982, The Dark Crystal, qui avait bercé notre enfance et notre imaginaire, cette série, au départ conçue comme un film, est proposée par Netflix et par la Jim Henson Company, le mythique studio à l’origine du premier film (et du Muppet Show). On retrouve donc ici toute la qualité d’animation du studio Jim Henson, que l’on avait déjà appréciée auparavant avec des films comme Labyrinth (marqué par la craquante révélation de Jennifer Connelly et la séduction vénéneuse de David Bowie en roi des gobelins). On retrouve également le design de Brian Froud et c’est donc dans un monde de merveilles sombres que l’on se plait à (re)plonger.

Et quel délice ! The Dark Crystal: Age of Resistance se distingue d’abord par la qualité de la réalisation. La surprise n’est pas petite lorsque le nom de Louis Leterrier apparaît à l’écran. Cet infâme tâcheron de bouses hollywoodiennes livre ici une réalisation au plus près des marionnettes, réussissant à produire chez le spectateur un sentiment d’empathie face à leurs tribulations, d’angoisse lorsqu’ils affrontent des ennemis beaucoup trop puissants pour eux, d’exaltation lorsqu’ils triomphent finalement de ces obstacles.

Mais si la réalisation est une réussite, c’est surtout qu’elle peut s’appuyer sur ce qui constitue la force et le cœur de la réussite de la série : son écriture absolument maîtrisée. Pendant les cinq premiers épisodes, le scénario met en place les éléments qui formeront ensuite la trame narrative de la deuxième partie de la série : les principaux personnages — Rian, Brea et Deet — découvrent les ramifications du pouvoir skeksis mais cela leur prend du temps, ils commettent des erreurs, ils ne savent pas ce qu’ils font et surtout se sentent terriblement isolés. Bref, la série prend soin de développer ses personnages, de les caractériser tant et si bien que, pour qui aurait du mal à s’identifier avec des marionnettes, petit à petit les personnages prennent vie, gagnent en consistance, et, parce qu’ils sont emplis de contradictions et de faiblesses, deviennent crédibles, humains — ou plutôt Gelflings.

Il faut le souligner : il est rare aujourd’hui que des œuvres visuelles (cinéma ou télévision) soient si bien écrites et encore plus si elles sont destinées à un jeune public. C’est donc l’immense mérite des showrunners et même de Netflix de proposer une oeuvre qui prend son temps pour développer son univers, ses personnages et, par le développement même de scènes d’exposition, en profite pour faire avancer et placer les éléments de son intrigue. Les décideurs de Netflix ont cette intelligence-là et sont en train de se démarquer grâce à cela (c’est en effet déjà cette qualité que l’on avait retrouvée avec la première saison de Stranger Things).

Dans la seconde moitié de la série, l’intrigue prend alors son envol et revêt un aspect plus épique. Il faut souligner le moment de bravoure scénaristique de l’épisode 7 qui voit les personnages se rendre sur le Cercle du Soleil, un rocher au milieu du désert de la Mer de Cristal, où ils rencontrent un Skeksis et un Mystique. Maniant avec allégresse la mise en abyme, l’humour, mettant en scène des personnages hauts en couleurs, quasiment irrationnels car à moitié voire complètement fous, cet épisode est un bijou et un exemple pour tout scénariste de jeux de rôles.

La résolution de l’intrigue est conforme aux attentes qui ont été patiemment construites au cours des dix épisodes qui constituent la série. C’est avec un plaisir jubilatoire que l’on regarde les aventures de ce trio de Galflings. Ce qui est épatant également est la manière dont la série propose des personnages de méchants, les Skeksis qui sont dépravés, corrompus et violemment cruels . Ce ne sont pas des méchants de pacotille comme dans les récents Star Wars : leurs agissements sont profondément dérangeants et là aussi c’est un témoignage de la maturité émotionnelle et de la qualité d’écriture de la série que de proposer à un jeune public de tels personnages d’une aristocratie de la corruption et de la décadence.

En somme, The Dark Crystal: Age of Resistance est digne de son prédécesseur et déploie un imaginaire riche, des personnages marquants, et une intrigue finement menée qui sont à même de marquer une nouvelle génération, de construire son imagination — et les dieux savent qu’elle en a besoin. En d’autres termes, cette série est un petit bijou voire, osons le mot, un chef d’oeuvre de la fantasy. Le studio Jim Henson a encore frappé !

Une question troublante demeure alors : la série en réalité ne semble pas destinée à une jeune public mais, là encore à l’instar de Stranger Things, cible délibérément un public de quarantenaires qui a grandi avec le film originel, avec ET, avec les Goonies, avec les premiers Star Wars — un public habitué donc à un imaginaire où la mise en histoire était de première importance. Alors, dans ce cas, parents : collez vos bambins devant cette série !

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