Ad Astra de James Gray

Dans un futur proche, l’astronaute Major Roy McBride (Brad Pitt), échappe de peu à la mort dans un incident causé par une « surge » (une décharge électro-magnétique) qui le fait précipiter sur la Terre depuis une station orbitale. Son calme olympien, y compris pendant sa chute mortelle, lui permet de s’en sortir. Il est alors choisi par le Commandement spatial pour enquêter sur l’origine de ces surges qui menacent à terme l’existence de l’humanité : elles ont été pistées jusqu’au Projet Lima, une expédition menée par le père de Roy, Clifford McBride, un astronaute légendaire, qui avait pour but d’explorer les confins du système solaire pour tenter d’entrer en contact avec une vie extra-terrestre. L’expédition a disparu il y a seize ans alors qu’elle atteignait Neptune et tout l’équipage avait été considéré comme perdu. Roy accepte donc de se rendre sur Mars, en compagnie d’un ancien associé de son père, le Colonel Pruitt (Donald Sutherland) où il tentera d’établir une communication avec son père. A cette nouvelle, son épouse, Eve, lui annonce qu’elle le quitte, ne supportant plus la solitude qu’il lui fait endurer. Mais là encore, Roy semble détaché de toute émotion. En apparence.

Ce qui saute immédiatement aux yeux à la vue de ce film époustouflant, à l’image de toute la cinématographie de James Gray, est la prestation de Brad Pitt. Il est parfait dans cette interprétation d’un faux calme, parcouru d’angoisses sur la relation entre son père et lui, sur son incapacité à la surmonter pour pouvoir ne serait-ce que véritablement vivre avec son épouse, angoisses qui se manifestent par autant de petits symptômes physiques (légers tremblements, regard hanté) alors même qu’en surface il garde toujours un calme impérieux et un contrôle infaillible de lui-même .

Encore une fois, dans cette relation tourmentée entre un père et son fils — un fils qui est resté cela, un enfant malgré sa cinquantaine — James Gray mêle à nouveau le drame shakespearien au film d’exploration. Faisant référence au Cœur des ténèbres de Joseph Conrad, il n’est cependant plus question de la jungle de l’Amérique du Sud à la recherche d’une cité légendaire, mais des confins du système solaire dans une quête métaphysique des origines et de l’au-delà de l’existence humaine.

James Gray déclare avoir voulu faire un film réaliste d’exploration spatiale pour montrer que « l’espace est fondamentalement hostile à l’humanité ». Et quelle prouesse ! Il faut voir les images d’ouverture de la sortie de Brad Pitt et de sa chute, de la sortie en buggies sur la Lune et du combat qui s’ensuit, toutes dans un silence assourdissant permettant de souligner encore davantage la beauté terrifiante de l’espace. Gray est un réalisateur qui soigne sa photographie et ses mouvements de caméra, et ici, la lenteur des gestes témoigne de la dramaturgie de l’espace : chaque action semble inscrite, comme toujours dans les films de Gray, dans un drame dont le dénouement est bien entendu inéluctable.

La structure du film, en entonnoir, amène le spectateur doucement, irrémédiablement donc, vers sa résolution dans une confrontation attendue. Elle est, il faut l’admettre, un peu en-deçà du reste du film. Tommy Lee Jones n’est pas autant à la hauteur que Brad Pitt. Pourtant, ce que nous dit alors Gray est atrocement juste. 2001 s’achevait dans une  fuite en avant vertigineuse et métaphysique inspirée d’un panthéisme brunien. Ad Astra fait mentir son titre en étant à proprement parler Terre-à-Terre : il n’y aura pas d’échappatoire.

Pessimiste, le film est ainsi le reflet de notre époque. Il est la vitrine d’une humanité confrontée à ses doutes et ses angoisses existentielles, toute entière incarnée dans cet astronaute faussement calme. Sa décision ultime nous renvoie à notre propre sort.

En d’autres termes, James Gray a proposé un 2001 du XXIe siècle mâtiné d’Apocalypse Now, le tout pour délivrer un message — une transmission de la Terre à la Terre — très simple : ce que nous avons est ici et maintenant. Rien de plus, mais rien de moins.

 

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