L’Oisiveraie de David Prudhomme

Parce que son père a besoin d’une tronçonneuse pour abattre un arbre dans son jardin, un garçon de 10 ans, est envoyé chez son voisin à l’oisiveraie pour demander le précieux outil. Au gré de cette aventure locale, il va découvrir le petit monde de Roland dit le Shérif, un monde qui se limite à la circonférence du quartier et dont la composition se résume à quelques parents comme sa sœur Angèle qui passe ses journées sous un porche à la suite d’une déception amoureuse, à quelques amis comme Gus, Raoul, Jean-Louis et Emilien et enfin à quelques animaux à patte comme Nana la tortue, le harem de poules ou encore les colombes tachetées maison.

Un album qui fait l’éloge de la légèreté, de la lenteur, de la paresse et de la discute avec les copains autour d’un (ou de plusieurs) verres(s). David Prudhomme décrit avec humour et beaucoup de tendresse une journée chez Roland, une journée dont le déroulé quotidien est aussi immuable que la rotation de la Lune autour de la Terre : levé avant le soleil (le fainéant), relève des œufs, tour au bar puis popote avec les copains avant un après-midi qu’on prévoit laborieux et qui finir en sieste sous un arbre. Les personnages sont attachants, ils ont des faciès et des habitudes peu communes et témoignent d’une époque pas si lointaine où l’on allait au bar pour se voir et où le voisinage n’était pas une donnée abstraite qu’on tente péniblement de faire revivre à l’occasion d’une fête annuelle aussi désuète qu’inutile.

Le dessin allie la simplicité du crayonné à la précision des visages, ce qui donne une expression incroyable aux différents personnages. A cela s’ajoute les dialogues, florilège de cette langue particulière qu’on entend parfois sur les marchés ou dans les bars. Notamment cette utilisation systématique de la troisième personne du singulier pour s’adresser à un commerçant ou à un client, le « vous » étant trop guindé et le « tu », trop familier. Reste le « il » qui peut surprendre qui n’est pas habitué.

Cette BD est un vrai hommage à la culture prolo et à la dignité de « ceux qui ne sont rien ». Une lecture qui fait du bien. Une vraie respiration en cette période quelque peu troublée.

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