The Handmaid’s Tale (saison 2) de Bruce Miller

Offred (Elisabeth Moss) est conduite avec d’autres servantes dans un espace à ciel ouvert (un stade ?) où les attend un échafaudage et une longue suite de corde pour pendaison.  Mais cette mascarade n’a qu’un but : leur faire peur. Bientôt les femmes sont libérées de leur liens, les nœuds coulissants sont retirés de leur gorge et elles sont invitées à rejoindre un baraquement dans lequel elles sont nourris. Offred, parce qu’elle est enceinte, est soumise à un régime de faveur malgré ses actions passées. A la condition qu’elle ne nuise pas à la santé du bébé, ce qu’elle commence à faire en refusant de s’alimenter. Tante Lydia  la ramène brutalement à la raison en lui expliquant qu’elle peut choisir volontairement de s’alimenter ou au contraire être forcée à le faire. Lors d’une visite de routine pour suivre le bon déroulement de la grossesse d’Offred, cette dernière lui fait passer une clef qui lui permet alors de quitter l’hôpital, d’être prise en charge par un camionneur qui l’emmène loin de ses bourreaux. S’ouvre alors pour Offred la perspective de quitter Gilead pour élever son enfant au Canada, là où ils seront tous les deux libres.

A présent le créateur de la série officie seul aux commandes de celle-ci. Le roman de Margaret Atwoon se terminait par l’embarquement d’Offred dans une camionnette de l’Etat de Gilead, sans que l’on sache ce qu’il advenait d’elle après. Bruce Miller imagine la suite, il est détaché du roman, peut imaginer ce qu’il veut et laisser libre court à ses obsessions — et elles sont nombreux, car elles étaient déjà perceptibles dans sa façon de lire et d’adapter le roman d’Atwood.

Suivant les vœux de son créateur, cette saison 2 de The Handmaid’s Tale est un délire pornographique comme en témoigne notamment la première scène de la prétendue pendaison où la caméra s’attarde sur l’entrejambe de ces femmes pour y filmer l’urine dégoulinante dans un jouissance perverse qui s’assume complètement, qui se complaît magistralement dans la violence faite aux femmes. On peut citer également et pêle-mêle la scène où des femmes, pour punir Offred, ont les mains brûlées sur une gazinière, les scènes dans le camp pour femmes, la scène de la piscine ou enfin les scènes où Offred tente de s’enfuir et où le récit prend un plaisir sadique à montrer qu’elle y met toutes ses forces mais n’y parvient pas.

Mais le pire est que, de pornographique assumée, la série vire également de plus en plus consciemment dans le pro-life. On citera au hasard, le bébé mourant qu’aucun docteur ne parvient à soigner mais qui sera guéri par la seule force des bras maternels et d’une vieille comptine un peu niaise.  Tout comme la scène d’accouchement où l’épisode oppose une scène d’accouchement en milieu hospitalier faite de cris et de larmes et une scène d’accouchement dans la demeure abandonnée où le naturel et la sérénité sont de mises. Ou encore l’importance du lait maternel comme seul aliment garantissant le développement optimal du bébé.  En bref, si la sexualité de la série offre une place de choix à la culture du viol et à l’esthétique pornographique, elle laisse aussi beaucoup de place à l’idolâtrie maternelle, à cette figure de la mère aimante, guérisseuse et nourricière.

Que des femmes continuent à se déguiser en servantes, qu’elles honorent de leur lutte ce déguisement travesti par la perversité d’un réalisateur, qui n’a pas su ou n’a pas voulu voir ce que disait justement le roman sur le féminisme, est une aberration, la confirmation de la bêtise grasse d’un grand nombre de défenseurs de la cause féminine. Que certains se soient fait prendre au jeu du féminisme de la série lors de la diffusion de la saison 1, passe encore (et encore même sans avoir lu le roman, certains signes ne trompaient pas qu’à l’orientation prise par le réalisateur), que les mêmes continuent à le professer après la saison 2, honte à vous. Cela en dit long sur le fait qu’il suffise d’afficher une idée pour qu’un certain public — et surtout les critiques — s’en fassent l’écho superficiel dans interroger le fond.

Quant à la scientologue Elisabeth Moss, elle ne sera jamais la voix des femmes, que cela soit bien clair pour tout le monde. Le ver est dans le fruit, et il n’est pas seul. Que cette chantre de la scientologie multiplie les interviews dans le cadre de la promotion de la série pour mettre en garde le public contre les dérives sectaires est un summum d’hypocrisie. Mais à Hollywood tout est permis et si le public en redemande alors de quoi se plaint-on finalement ?

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