His Dark Materials (saison 1) de Jack Thorne

Une nuit d’orage et alors que les eaux semblent envahir une ville, un homme portant un bébé dans les bras le confie à un collège universitaire pour qu’il le protège. Quelques années plus tard, Lyra (Dafne Keen) est toujours sous la protection du Jordan College d’Oxfordet n’a comme attache familiale que son oncle Asriel (James McAvoy) qui l’avait confiée au College . Dans le monde de Lyra, les humains possèdent tous un deamon, une âme externe qui ressemble à un animal à ce détail près qu’il peut changer de forme pendant l’adolescence de son humain. Il se fixe après la puberté. Le daemon de Lyra se prénomme Pan, il est son principal compagnon avec Roger, un autre orphelin placé sous la protection du Jordan College. Asriel est souvent absent du collège puisqu’il mène des recherches secrètes au pôle Nord. Alors qu’Asriel se présente après plusieurs mois d’absence au collège pour faire état de ses recherches auprès des universitaires, Lyra tente de le suivre pour discuter avec lui. Elle assiste donc à sa présentation et entend pour la première fois le terme de Poussière. Asriel prétend avoir photographié la Poussière au pôle Nord et avoir vu dans celle-ci d’autres mondes. L’émoi des universitaires présents est palpable, les recherches sur la Poussière sont interdites par le Magisterium, ainsi que celle concernant d’autres mondes. Le Magisterium est une entité religieuse qui contrôle le monde de Lyra. Il prétend que la Poussière se déverse depuis le pôle Nord sur les humains au fil de leur existence et qu’elle est directement liés aux péchés qu’ils commettent. Cette Poussière se concentre dans leur daemon, jusqu’à fixer leur forme définitive et révéler ainsi la valeur de leur âme. Plusieurs scientifiques mènent des recherches pour remettre en cause ou offrir un échappatoire à cette théorie. Parmi eux se trouve Asriel. Ce dernier quitte Jordan College après sa présentation pour reprendre ses recherches au Nord, laissant une fois de plus Lyra sur place. Comme elle grandit, le doyen du collège propose de la confier à Mme Coulter (Ruth Wilson) pour parfaire son éducation à Londres. Lyra consent à la suivre, à condition qu’elle prenne également Roger. Mme Coulter accepte, mais bientôt Roger est introuvable et Lyra découvre que de nombreux enfants, notamment des orphelins et des gitans, ont été kidnappés dans les environs du college. Elle suit cependant Mme Coulter car cette dernière lui promet de tout faire pour retrouver Roger. Avant de partir le doyen donne à Lyra un alethiometer, sorte de boussole capable de dire la vérité et dont seul six exemplaires seraient encore existants. Par réflexe, Lyra cache l’objet à Mme Coulter.

Cette série en huit épisodes est l’adaptation de la trilogie A la croisée des mondes, écrite par Philip Pullman à la fin des années 1990, même si la première scène de la série, elle où l’on voit Asriel confier Lyra bébé au collège est plutôt issue de la seconde trilogie de l’auteur, Le livre de la Poussière, débutée en 2017. La particularité des romans de Philip Pullman, outre leur succès immense en librairie, est qu’ils ont d’abord été publiés dans des éditions jeunesse avant de connaitre des rééditions dans des formats adultes. Aujourd’hui, ces romans sont considérés comme appartenant à la catégorie Young Adults, soulignant ainsi la complexité et la richesse de ses écrits. J’ai lu la première trilogie au début des années 2000 et j’ai toujours à l’esprit mon admiration devant la complexité de cette trilogie qui étaient destinée alors aux enfants. Pullman abordait des thèmes comme la foi et la croyance sans naïveté, au sein d’un univers complexe, servi par une écriture exigeante. Comparée à d’autres succès de la même époque, comme l’heptalogie d’Harry Potter, la difficulté que représentait la lecture des écrits de Pullman était avérée.

Depuis la publication des romans, de nombreuses adaptations ont été mises en chantier : le premier roman a fait l’objet d’une adaptation au cinéma en 2007, mais le succès n’était pas au rendez-vous, les deux autres romans n’ont pas été adaptés ; la trilogie a été adaptée en France en bande dessinée entre 2014 et 2016 ; il y a eu également des adaptations au théâtre dans les années 2000 et un jeu vidéo. Et à présent, la trilogie est adapté en série télé, avec l’auteur comme l’un des producteurs exécutifs. Cette adaptation est co-produite par New Line (déjà producteur du film) et Bad Wolf (Doctor Who) pour la chaîne BBC One.

Même si le format en série convient mieux à la complexité du roman, on reste sidérés par le peu d’attrait de cette saison 1. On ne s’intéresse pas vraiment à cette histoire et à ses enjeux, même si sur le papier ils paraissent captivant, pas plus que l’on s’attache aux personnages malgré les épreuves qu’ils traversent. Je ne saurais dire à quoi tout cela est dû, mais la saison 1 est ennuyante et on a eu beaucoup de mal à aller au  bout de ses huit épisodes. Et pourtant l’adaptation est fidèle, mais le résultat est apathique. Pour certains critiques, si l’aspect visuel des romans est bien rendu, il n’en est pas de même de son ton, résolument noir et qui dans la série est plus lisse et gentillet. Effectivement, les romans sont beaucoup plus noirs, attaquent frontalement l’idéologie religieuse, posent la question de la frontière entre l’adolescence (voire l’enfance) et l’âge adulte en se focalisant sur ce qui se perd au passage (Lyra dit souvent qu’elle ne veut pas grandir et qu’elle souhaite que son daemon continue à changer de formes), avec des personnages d’enfant qui sont traversés par l’inquiétude de ce que sera la forme de leur daemon. Autant de fragilités, de questionnements, d’incertitudes qui n’ont pas trouvé leur place dans la série et qui manquent cruellement.

Le monde de Lyra est un monde chaotique, instable que même une boussole ne peut rendre compréhensible. Dans mon souvenir l’alethiometer n’est pas cet objet trivial que Lyra questionne à tout propos et qu’elle peut lire sans difficulté. Comme il ne fonctionne que par symbole, le demandeur doit déjà parvenir à transcrire sa question en questionnement symbolique puis, pour interpréter la réponse, évaluer la part de subjectivité voire d’affect dans le choix des symboles du demandeur avant d’éventuellement proposer une lecture des symboles émis par la boussole. Et bien évidemment, à l’image des augures classiques, la réponse de l’alethiometer est une énigme en soi qu’il s’agit de comprendre. Or, la série en fait un instrument de pouvoir, ce qu’il n’est pas, et un instrument touche-à-tout, ce qui est ridicule.

Dès lors, une question se pose : que faire de la saison 2 ? Aucune envie de continuer malgré l’attrait des deux autres romans.

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