Sylvia, mise en scène de Fabrice Murgia d’après les textes de Sylvia Plath

Sylvia est une jeune femme brillante, passionnée par l’écriture, en proie à des crises dépressives récurrentes depuis la mort de son père. Elle lutte au quotidien pour s’imposer comme écrivain mais ne reçoit que des remarques négatives sur son style trop classique ou ses préoccupations trop féministes. Tiraillée par son désir d’écriture et son obligation de s’insérer dans la société en occupant la place qui doit être la sienne, à savoir celle d’une femme mariée puis d’une mère au foyer, Sylvia pense avoir trouvé l’homme parfait en la personne de Ted Hughes, un écrivain comme elle. Mais alors qu’elle met de côté son travail pour épauler Ted (en dactylographiant ses écrits) ou pour s’occuper de leur ménage, Sylvia voit son avenir se rétrécir peu à peu. Le succès de Ted n’y change rien. Devenue mère, elle doit s’occuper de leur enfant, pendant que Ted écrit, limitant encore un peu plus le temps qu’elle peut consacrer à son écriture. Il faudra attendre le divorce pour qu’elle puisse enfin écrire, avant de disparaître tragiquement.

En pénétrant dans la salle de spectacle, on est immédiatement plongé dans les années 1950. Sur scène, les comédiennes déambulent, des techniciens règlent les décors au son de la musique jouée en live par un quartet (clarinette basse, percussions, clavier) accompagnant la chanteuse, An Pierlé (chant et piano), responsable de la bande son de la pièce. La frontière entre le réel et l’imaginaire est déjà contestée par la présence sur scène des acteurs et des techniciens au prétexte que ce que nous voyons est le tournage d’un documentaire sur Sylvia Plath. Un faux départ vient appuyer cette mise en scène lorsque le dialogue d’un personnage est interrompu par un soucis technique, ultime jeu pour déstabiliser le spectateur, le placer dans un entre-deux entre la réalité et la fiction. Un procédé similaire sera également mis en place en la personne de Ted Hughes, interprété par un spectateur que les comédiennes iront choisir dans la salle. Intox ou réalité, qu’importe. L’important est d’abolir la frontière entre la salle et l’estrade.

Alors que Ted Huges est interprété par un homme du public, caché derrière un masque de plâtre et obéissant aux indications des neuf comédiennes, Sylvia Plath est jouée par ces dernières à tour de rôle. Il n’y a donc pas une Sylvia Plath mais des Sylvia Plath, grandes, petites, blondes, châtains, jeunes ou plus âgées. L’effet est remarquable et simplissime dans sa symbolique : nous sommes toutes des Sylvia Plath. Le choix du tournage est visible pendant toute la durée de la pièce puisque des cameramen, dont la prise de vue est projetée sur un écran, filment les scènes. Dans la première partie de la pièce, les événements clé de la vie de Sylvia Plath (avant sa rencontre avec Ted Hughes), s’enchaînent rapidement au son de la musique de l’époque et sont agrémentés de commentaires audio en français ou en anglais sur son œuvre. Les dialogues sont majoritairement en anglais (notamment au début de la pièce) et surtout les textes de Sylvia Plath sont en langue originale (et sont donc sous-titrés pour la salle). Pendant tout le début de la pièce, les seuls dialogues en français semblent émaner d’interlocutrices francophones qui parlent de la place de Sylvia dans leur vie.

Le mariage de Sylvia avec Ted Hughes marque une rupture dans la pièce et dans la mise en scène. Un long monologue de Sylvia en français exprime son inquiétude quant à ce choix et, par la suite, la mise en scène se pose pour privilégier des scènes plus longues, faites de dialogues, plus proche finalement d’une mise en scène classique même si les caméras sont toujours présentes. Si le début de la pièce peut dérouter par la rapidité d’exécution des scènes et cette impression de balayage de la vie de Sylvia Plath, la seconde partie, après le mariage et son monologue très poignant,  est impressionnante probablement parce que la mise en scène se calme. La monotonie de la vie de Sylvie Plath occupe le devant de la scène, un temps bousculée par la notoriété de Ted Hughes, notoriété condensée dans cette scène où les deux époux sont interviewés par la BBC et où Sylvia est reléguée derrière son mari.

On a donc l’impression d’avoir assister à deux représentations ou que la pièce qui se joue devant nos yeux est divisée en deux par la mariage. A la première phase de la vie de Sylvia Plath correspond une période chaotique, bouillonnante intellectuellement mais assez perturbante pour le spectateur qui a parfois l’impression d’un trop-plein ou d’une mise en scène énervée et peu subtile. La seconde phase, celle qui correspond à l’après mariage, parait plus calme, finalement elle est celle que le spectateur peut le mieux apprécier, ce qui parait paradoxal puisqu’elle correspond à la période de dépression et d’enfermement de l’écrivaine. Si la logique de cette division est évidente, elle pose problème puisqu’on peut avoir l’impression que ce mariage a été un facteur positif, pas dans la vie de Sylvia Plath mais dans l’expérience du spectateur.

Il manque peut-être une troisième phase, décrivant cette période où vivant à Londres avec ses enfants, Sylvia Plath écrit. Il est probable que cette période n’ait pas été documentée, mais elle est celle qui correspond le mieux à Sylvia Plath l’écrivaine et non plus la femme. Sortant de l’approche purement biographique, elle aurait pu être l’occasion de voir uniquement la femme auteure, à partir de ses textes et en quoi elle a influencé de nombreux autres artistes. Dans tous les cas, j’ai trouvé que la pièce se terminait brutalement par la mort de Sylvia, ce qui est pertinent au regarde de sa biographie mais moins si on s’attache à ses écrits. Des éléments sur son influence actuels, les tentatives de Ted Hughes pour interdire de son vivant la publication des œuvres de son ex-femme sont présents dans la pièce, mais ils viennent s’ajouter à deux phases citées précédemment et disparaissent parfois dans la cacophonie. Replaçant en phase 3, ils auraient peut-être gagné en clarté et en prégnance.

 

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