Babylon Berlin (saison 3), de Tom Tykwer, Achim von Borries et Hendrik Handloegten

Octobre 1929. Le détective Gereon Rath (Volker Bruch) est plongé au coeur de la panique boursière, marchant hagard au milieu des milliers de papiers volant autour de lui ou jonchant le sol des salles désertées de la bourse de Berlin, des traders se suicidant sous ses yeux.

Retour en arrière : quelques semaines plus tôt, Gereon se retrouve avec une nouvelle affaire : sur le tournage du premier film parlant, la chute « accidentelle » d’un projecteur a tué la star. Or le film est produit par l’Arménien (Mišel Matičević), parrain de la mafia berlinoise, qui a déjà croisé le chemin de Gereon, ce qui entraîne une série de réactions en chaînes. Pendant ce temps, Charlotte (Liv Lisa Fries)  essaie d’obtenir le statut d’inspectrice au sein de la police, mais est en butte au sexisme de ses collègues. Elle essaie également de venir en aide à Greta (Leonie Benesch), emprisonnée et condamnée à mort pour sa participation à l’assassinat de l’ancien chef de la police Benda et qui s’enferme dans un mutisme incompréhensible. Helga (Hannah Herzsprung) vit de plus en plus mal sa relation avec Gereon qui s’éloigne peu à peu d’elle, pétri de culpabilité et de ressentiment inconscient/ hypnotique, et se rapproche d’Alfred Nyssen (Lars Eidinger), l’héritier de la fortune et de l’empire familial, dont la fragilité psychologique lui permet de voir la catastrophe qui vient. Enfin, les agissements du cercle des nationalistes/ militaires continuent de saper de l’intérieur la République, et les nazis poursuivent leur entreprise de déstabilisation avec leur complicité. Tout cela fait un joyeux… en réalité sinistre chaos dans un Berlin en ébullition…

Suivre Gereon, Charlotte, l’Arménien ou même le colonel Wendt (Benno Fürmann) reste un vrai plaisir et l’exploration du milieu du cinéma alors qu’il passe du muet au parlant dans le style expressionniste (avec de multiples références au Metropolis de Fritz Lang) ajoute un aspect intéressant au tableau du Berlin weimarien à la veille de sa chute.

Néanmoins, cette troisième saison de Babylon Berlin est, on le voit, bien plus foisonnante encore que les deux précédentes. Explorant de multiples thématiques à travers ces différents fils d’intrigue, elle s’embrouille même quelque peu. Finalement, le milieu du cinéma, ses liens avec la pègre, n’est guère explorée. Et surtout les différentes intrigues sont à présent peu reliées, ce qui est somme toute très logique (Gereon Rath, en tant qu’inspecteur de police, doit bien enquêter sur des affaires qui ne sont pas forcément liées au complot nationaliste militaire), mais cela dilue quelque peu ce qui faisait la force de la série, à savoir l’évocation politique du Berlin de la fin des années 20 à travers le regard vers son « unterweldt » que la police fréquente par nécessité.

La série verse donc un peu plus dans l’anecdotique historique, notamment dans son évocation du cinéma. Avec la série de meurtres qui frappe le tournage du film et la figure du tueur, le « Fantôme », la référence au Fantôme de l’opéra est évidente, et permet aux auteurs d’évoquer les milieux occultes qui sont liés à ceux du cinéma. Une scène de cérémonie occulte, qui n’est pas sans rappeler Eyes Wide Shut, et le look gothique du suspect, l’acteur principal du film, Tristan Rot, sont à la fois très évocateurs (« hauts en couleurs », si l’on peut dire), et la série semble alors verser dans le surnaturel mais cette piste, à la fois pour l’enquête et pour le ton général de la série, est tout aussi vite abandonnée, ce qui, donne l’impression d’une écriture faite d’une succession de vignettes.

Cette impression est renforcée par la manière dont le personnage du colonel Wendt est utilisé. Il n’apparaît qu’en maître du complot, occupé semble-t-il uniquement à monter ses chevaux de courses, et la réalisation verse dans une série de gimmicks digne des séries mainstream un peu faciles. A chaque fois qu’on retrouve le colonel, on a un plan de l’hippodrome où il entraîne ses chevaux. En fait, on sent que la série rencontre un succès grandissant et qu’elle se tourne de plus en plus vers un grand public à qui les producteurs sont persuadés qu’il faut donner du prêt-à-voir.

Reste malgré tout le plaisir intrinsèque de suivre une série dont l’action prend place dans le Berlin de la fin des années 20. Les personnages principaux restent attachants, le cadre est toujours passionnant même s’il exploré de manière plus superficielle et même si l’arrivée du krach est finalement assez mal amenée (l’explication de la présence de Gereon à la bourse au moment du krach est un peu téléphonée). Une troisième saison quelque peu en-deçà des précédentes, mais on peut espérer que la prochaine sera meilleure.

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