Baron noir (saison 3) d’Eric Benzekri et Jean-Baptiste Delafon

Philippe Rickwaert (Kad Merad) peut enfin fêter la fin de son inéligibilité qui l’avait tenu à l’écart de la politique depuis de nombreux mois. Il souhaite à présent revenir en politique, avec pour objectif à long terme d’être le candidat de la gauche aux prochaines élections présidentielles. Deux problèmes se posent à lui : son passé de baron noir lui colle à la peau et les électeurs n’ont pas oublié les magouilles dont il a été l’instigateur. Enfin, la gauche est une fois encore divisée entre l’aile néo-libérale qui a suivi un temps les promesses de Thorigny (Pascal Elbé) et l’aile dite radicale qui veut porter seule le combat contre le système Thorigny – Dorendeu (Anna Mouglalis). Cette aile radicale se méfie de toutes les unions qu’ils voient comme des compromissions, d’autant qu’elle pense avoir trouver son leader et son candidat le plus à même de gagner en la personne de Vidal (François Morel). Philippe Rickwaert doit donc sillonner au sein de cette gauche désunie et détestée pour se refaire un nom avant les prochaines élections. Il y a à peine un an pour y parvenir.

Le grand retour du baron noir sur Canal +, incarné avec toujours autant de conviction et de talent par Kad Merah. Décidément il est parfait dans le rôle de ce politicien rompu à l’exercice de la négociation politique et pugnace quand il faut gagner sa place ou la défendre.

Cette saison deux acteurs lui font face avec un égal talent : François Morel et Frédéric Saurel.

Morel est impressionnant en Vidal, personnage fictif largement inspiré par Jean-Luc Mélenchon. Tel qu’interprété par Morel, Vidal devient un homme politique très intelligent, bénéficiant d’une connaissance fine des conflits politiques qu’il peut grâce à son érudition reliés aux conflits passé. Il est cependant parfois un homme d’un autre temps, qui s’enferme dans ses convictions, n’est plus au fait avec la société actuelle, rechigne à changer parce qu’il est trop épris de sa carrure, de son bon droit et de sa supériorité intellectuelle sur les autres. Il a souvent raison, ce qui l’amène parfois à avoir le tort de ne pas saisir l’opportunité, de ne pas se résoudre à des décisions purement pratiques liées à des circonstances passagères, simplement pour gagner un point dans les sondages ou un jour de plus dans la bataille. Il est globalement lent, dans un monde politique qui fluctue de plus en plus vite. Il prévoit ses coups sur le long terme tel un parfait joueur d’échec, mais n’envisage pas le renversement de la table.

Et ce renversement complet est incarné par Frédéric Saurel. Il est Christophe Mercier, un obscur professeur de SVT qui va d’abord acquérir une grande notoriété sur internet grâce à ses vidéos sur la vie politique et son projet politique simple qui se résume à abolir les élections en instaurant un système de tirage au sort. Son personnage fait penser à Etienne Chouard, personnalité un temps proche de la gauche avant que certains de ses propos ne le place beaucoup plus à droite de l’échiquier. Saurel est vu au départ comme un trublion à utiliser à sa convenance. Vidal pense s’en faire un allié pour aller chercher les voix de l’extrême-droite, avant que cette dernière ne décide elle aussi à lui faire du charme. Leurs manœuvres ne faisant que renforcer son discours anti-système, c’est lui qui finit par les enterrer tous, Vidal y compris.

Et c’est peut-être là que la série est la moins plausible, quand elle imagine une manœuvre improbable pour sortir le pays de la menace Saurel. Toute cette séquence est peu crédible et c’est dommage car jusqu’à présent, le déroulement de la campagne tel qu’imaginé par les scénaristes était sans faille. Au passage, je m’étonne que la série n’ait pas plus exploité Thorigny/Macron, peut-être dans une prochaine saison.

Qu’importe finalement car la grande réussite de cette série est d’avoir créé ses trois pôles (Vidal, Saurel, l’extrême-droite) et de positionner un personnage comme Rickwaert au centre de cet échiquier, Rickwaert qui veut refonder la gauche, et dont les électeurs se sont éparpillés entre ces trois pôles. Y parvient-il ? Et à quel prix ? Regarder le baron noir céder aux sirènes des communicants (jusqu’à en épouser une) en dit long sur l’état de la politique dans nos sociétés contemporaines.

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