Little Women de Greta Gerwig

Alors que leur père, aumônier, est à la guerre, les quatre filles March aident du mieux qu’elles peuvent leur mère Marmee (Laura Dern) à porter secours aux indigents. Malgré leur relative pauvreté et leur isolement dans cette campagne froide de la Nouvelle-Angleterre, les quatre filles rêvent d’un futur radieux. Meg (Emma Watson), malgré ses indéniables talents d’actrice, rêve de se marier à un homme riche qui pourra pourvoir à ses besoins et à ceux de sa famille.  Jo (Saoirse Ronan), qui ne veut pas entendre parler de mariage, souhaite s’émanciper en devenant écrivain. Amy (Florence Pugh) espère aller en Europe pour parfaire son éducation artistique, elle qui voudrait devenir peintre. Et enfin Beth (Eliza Scanlen), musicienne accomplie, n’a encore que peu d’idée de ce qu’elle voudra faire plus tard, peut-être simplement rester au contact de ses sœurs. Les quatre filles passent leur temps à créer ensemble des spectacles pour toute la famille, sous l’œil admiratif de leur voisin, Laurie (Timothée Chalamet) et l’œil médisant de leur tante (Meryl Streep).

Quelques années plus tard, alors que Jo vit à New York et gagne quelques revenus en tant que professeur en attendant de se faire reconnaître comme écrivain, elle ne peut que constater avec amertume que leurs rêves d’enfants se sont durablement heurtés à la réalité.

Adapter un roman n’est jamais chose facile, notamment quand ce dernier a déjà été adapté et qu’il a été au fil du temps recouvert d’une importante couche de lectures plus condescendantes les unes que les autres. Se pose alors pour le réalisateur le choix d’aller dans le sens des lectures passées, en confortant le côté attendrissant du roman pour ne pas dérouter les prétendus fans. Ou retrouver l’origine de cette oeuvre et la débarrasser de toutes ses lectures-écran pour éventuellement toucher ce qu’elle dit vraiment sur cette époque.

Et poser la question de l’intérêt d’une relecture de cette oeuvre à l’aune des développements actuels en matière de lutte pour les femmes. Allez chercher tous ces romans qui ont participé (peut-être malgré eux) de la construction d’un mythe littéraire que sont les romans pour femme aurait été un projet ambitieux et salutaire. Greta Gerwig réussit l’exploit de s’inscrire dans la condescendance au regard de l’oeuvre tout en rajoutant sa petite touche personnelle, façon Me Too, rendant son adaptation on ne peut plus indigeste.

Que voulez-vous, elles avaient tout ces jeunes filles : le talent, la beauté, l’ambition. Et elles se sont heurtés à … ben à rien en fait parce que très rapidement Meg et Amy ne songent qu’à se marier, et oublient très vite leurs ambitions passées. J’aime beaucoup le passage où Amy dit qu’elle sera un génie de la peinture ou rien comme si le choix ne lui incombait pas et que la chose était entendue depuis sa naissance. D’ailleurs le film n’entend pas discuter de leur talent réel : elles sont naturellement talentueuses, toute leur famille le dit. Alors c’est injuste que le monde ne les voient pas de cette manière, tout cela parce qu’elles sont des femmes. Une telle assertion est au mieux naïve, au pire extrêmement prétentieuse.

Le film, malgré ses visées féministes, décrit un groupe de femmes renfermées sur elles-mêmes, finalement peu courageuses à l’exception peut-être de Jo (même si l’aventure new-yorkaise se clôt par un confortable retour chez soi et la publication d’un roman présenté comme un entre-soi également), reculant dans le giron familial à la première difficulté. Et ce propos est soutenu par une mise en scène infantile faite de plans dans le passé avec des teintes orangées (pour montrer que l’ambiance étaient alors chaleureuse) et de plans dans le présent aux teintes plus froides (dans les tons bleus) pour montrer que c’est dur la vie. Pathétique.

De la littérature cataloguée « pour filles » adaptée au cinéma par de prétendues féministes qui ne font qu’en rajouter dans le stéréotype de la femme fragile, sentimentale et naïve (comme qualifier autrement leur vision d’une carrière artistique), le tout sur fond de musique mièvre et encombrante. Un vrai désastre.

 

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