Azimut (5 tomes) de Wilfrid Lupano et Jean-Baptiste Andreae

Tome 1 :  Les aventuriers du temps perdu.

Bienvenue dans le monde d’Azimut, un monde peuplé de créatures fantastiques, les saugres (qui naissent dans des oeufs en disant « allons bon ») et les chronoptères (des insectes, des poissons, des oiseaux qui ont tous un rapport étrange au temps), de peintres amoureux, de lapin aventurier et de souverains régnant sur d’absurdes royaumes. Un monde où l’Arracheur de Temps, qui vole des années dans votre sommeil, n’est pas qu’une légende et où chacun tente, souvent en vain, d’échapper à son emprise.

Le professeur Breloquinte consacre sa vie à l’étude des créatures qui peuplent son monde, notamment les chronoptères, persuadé qu’il pourra enfin comprendre les caprices du temps. A bord de son Laps, son laboratoire volant, il sillonne le monde en compagnie de son jeune fils, Aristide. Il aperçoit un jour une Lurette, et pas n’importe quelle Lurette, la Belle Lurette, mais en voulant capturer son douzième œuf, le professeur tombe dans le vide. Avant de s’écraser sur le sol, il a le réflexe de gober l’œuf…

Quelques années plus tard, le monde ne tourne plus rond. Il semblerait qu’en effet le Nord ait été perdu. Tout voyage devient impossible mais d’irréductibles aventuriers persistent à sillonner les mondes possibles, certains à la recherche de pièces d’une ancienne monnaie, d’autres à la recherche du Temps… Le Comte de la Pérue, parti en quête depuis des années, finit par toucher terre, mais pour se rendre compte qu’il est revenu chez lui, auprès de son souverain, le roi Irénée le magnanime, sans avoir malheureusement découvert le moindre monde inconnu, mais en ramenant à bord de son navire Eugène, peintre inconsolable face à la déception amoureuse que Mani Ganza lui a provoquée… avant de s’enticher du roi Irénée.

Tome 2 : Que la belle demeure

La belle Manie Ganza a fui le roi Irénée pour échapper à la justice de son royaume. Dans la montgolfière qui l’emmène loin de son ex-amant, elle est accompagnée de ses saugres, d’Eugène le peintre et du Comte de la Pérue. La petite équipée trouve refuge chez le baron Chagrin, un baron qui n’aime pas les couleurs, mais, en bon mélomane, aime la musique, quoique pas n’importe quelle musique.

Le roi Irénée, qui vient à peine de se remettre du départ de bien-aimée, reçoit la visite de l’Arracheur de Temps, qui lui vole au passage 30 ans de sa vie.

Pendant ce temps, Aristide et l’équipage de Laps cherchent à comprendre pourquoi le monde a perdu le Nord. Une quête qui les emmènera dans le désert, vers les formes plantureuse d’une créature des sables.

Tome 3 : Les Anthropotames du Nihil

Manie Ganza, après moultes péripéties est parvenue à ouvrir la Banque du temps avec laquelle elle semble avoir conclu un accord, mais personne n’a été témoin de la transaction (ce qui peut poser problème à la lecture). Ce que l’on sait en revanche concerne quelques détails du contrat : Manie s’est offerte quelques siècles de jeunesse en plus sur le dos de l’humanité tout entière. Elle s’accuse à présent d’être une horrible personne, se rendant responsable des guerres qui viennent de se déclencher un peu partout dans l’univers d’Azimut. Le Major, accompagné du plus nordique des lapins et d’Eugène, le peintre maudit, aidé dans sa mission par la magnifique femme de sable, vont alors tenter de retrouver Manie pour empêcher la guerre…

Pendant ce temps, le Professeur accompagné du jeune garçon font la plus étrange des rencontres et notre navigateur préféré, à défaut d’avoir trouvé une terre inconnue, a débusqué un inquiétant personnage.

Tome 4 : Nuées noires, voile blanc

Manie Ganza s’apprête à épouser le roi du désert, Baba Mussir. elle pense que l’Arracheur de temps ne fera qu’une bouchée de ce nouveau prétendant, ignorant que ce roi ne dort jamais ce qui le protège. Seuls Eugène et le Major pourront la sauver de ce mauvais pas, à condition qu’ils parviennent à dompter l’armée de tapis volants du roi. Mais il est une reine qui veut plus que tout au monde que Manie soit libérée afin de la pourchasser elle-même : sa mère. Et pour parvenir à ses fins, la reine Ether n’hésite pas à en appeler aux nuées noires.

Tome 5 : Derniers frimas de l’hiver

Quand il a vu sa princesse de sable transformé en statue, Paulo le lapin a piqué une grosse colère ce qui a plongé le monde d’Azimut dans une nouvelle période glacière. Depuis tout est figé, sauf les dettes. Et celle de Manie se rappelle à elle : il faut qu’elle paie son quota de morts. Qui parviendra à mettre fin à cette sombre machination ?

Dans le premier tome d’Azimut, le récit semble partir dans tous les sens, de nombreux personnages, tous plus farfelus les uns que les autres, nous sont présentés dans le vif, en pleine aventure. Le professeur Breloquinte tout d’abord, puis le Comte de la Pérue et Eugène le peintre dépressif, jusqu’à l’arrivée à la cour de son souverain où nous découvrons enfin la belle Manie Ganza. Tous sont animés par le désir du voyage, de l’aventure et par la quête du Temps. Car l’Arracheur de Temps, qui est présenté par le professeur comme une simple légende, semble bel et bien avoir son influence sur ces mondes.

Le dessin d’Andréae est superbe et on se prend à admirer toutes ces créations. Un dessin très poétique, et qui recèle dans ses détails des trouvailles géniales. Le principe qui semble régir cette bande dessinée est que tout ce que font les personnages  parait comme absurde et pourtant leurs actions sont logiques, réfléchies et parfaitement cohérentes selon les normes de leurs mondes. Dépaysement garanti.

On sent aussi que les auteurs jouent avec les stéréotypes du genre : l’ogre qui ne sert à rien et qui pue, l’aristocrate aventurier qui revient à son point de départ, la beauté fatale qui ne fait que voler des pièces sans valeur. Le récit offre donc une multiplicité de lectures entre les différents fils narratifs, les clins d’œil au genre et les apports plus personnels.

Dans le deuxième tome, de nouveaux personnages font leur apparition : la Reine Ether tout d’abord qui aime la chasse à la Clepsydre, animal des marais qu’elle tue pour mieux lui prélever son eau afin de garder sa jeunesse. Et surtout le baron Chagrin qui va, malgré lui, donner à Manie la clef de la Banque du temps. L’occasion pour le dessinateur de créer de magnifiques planches mélangeant des nuances de gris et de la couleur.

Avec Manie, le lecteur découvre les saugres, petits êtres surnaturels qui semble tout droit sorti du monde d’Oz. Ces saugres sont une idée géniale : ils sont autant de créatures fantasmagoriques, issues de l’imagination débridée de Lupano et d’Andreae. L’un est un cochon-tirelire, l’autre un poêle ambulant avec un sac en guise de tête, l’autre une tortue caisse enregistreuse, etc. Quant aux chronoptères, ces créatures volantes (oiseaux, insectes, poissons) qui sont tous liés au temps, c’est à la fois absurde et poétique à la Lewis Carroll et sa Chasse au snark.

Aristide sait maintenant pourquoi le monde a perdu le Nord, mais doit partir sur une autre quête. La Banque de temps a été ouverte et cette redécouverte met en péril tous les mondes. Là encore le dessinateur voit grand et livre de magnifiques planches sur cette créature des sables (planches qui rappellent un peu Plessix et son Vent dans les Saules mais en plus sombres). On a toujours cette impression de foisonnement, mais avec maintenant une ligne plus directrice : tous les personnages semblent avoir un problème avec le temps et l’apparition de l’Arracheur de Temps et de la Banque de temps ne font que confirmer cette thématique. Les personnages autrefois dispersés dans les mondes possibles se rejoignent pour le grand final probablement.

Et sinon, il y a un lapin… et on ne peut pas résister à un lapin amoureux.

A partir du troisième tome, pour être tout à fait honnête, même si on ne peut pas parler de déception, il faut reconnaître quelques réserves sur la progression du scénario. L’épisode de Manie dans la Banque du temps ayant été traité dans le hors-champ de la narration, on reste un peu sur notre faim, d’autant que cet axe narratif (la quête des crônes par Manie pour trouver la Banque du temps et faire un marché avec elle) avait occupé une place centrale dans les précédents tomes. Cette quête se clôt d’une manière un peu brutale et sans véritable éclat.

Vient s’ajouter à ce sentiment d’inachevé, l’impression que pour nous guérir en quelque sort de la perte de cette quête primordiale, un axe nouveau se crée de manière un peu opportuniste : Eugène, qui jusque là ne dessinait que Manie, se met maintenant à dessiner un couple, les amant éternels. Même si l’idée n’est pas inintéressante, elle semble catapultée dans ce tome 3, comme pour masquer la résolution presque trop rapide de la première quête de Manie.

Néanmoins, malgré ces petites réserves sur la progression du scénario, c’est toujours un vrai plaisir de retrouver les personnages d’Azimut, le dessin est toujours aussi magnifique et l’histoire fourmille encore d’idées saugrenues, de clin d’œil et de pied de nez humoristiques. On attend plus qu’à être complètement sous le charme de ses amants éternels.

Point très important : la grande question que l’on se posait depuis le premier au sujet du roi barbare de la tribu anthropophage, Bââmon, trouve sa réponse. Et c’est oui (et il n’y a pas que lui…).

Rien de bien nouveau dans le quatrième tome. Quelques nouveaux personnages comme le roi du désert (qui apparaît brièvement à la fin du tome 3) qui ne survivra pas à ce tome. La guerre est en marche car Manie doit payer sa dette, mais c’est sans compter sur la colère du lapin, qui vient non pas mettre un terme à tout ce chaos mais le congeler en quelque sorte en attendant une autre fin peut-être. La légende des amants éternels est rattachée à toute l’histoire in extremis avant ce qui apparaît comme la fin ultime : « il faut mettre un terme à tout ça. L’oiseau va s’en charger ».

Le tome 5 va donc porter la résolution finale. Ce dernier tome de la série apporte quelques facéties nouvelles, mais on sent que le cœur n’y est plus et qu’il faut à présent conclure. Ce que font les héros avec une dernière pirouette scénaristique au goût de bubble gum.

 

Ainsi s’achève une bien belle aventure, commencée il y a huit ans. Les trois premiers tomes comptent parmi nos préférés. Dans les deux derniers, on sent que la fin est proche, que la multitude des histoires doit se recentrer sur un fil narratif unique avant la résolution. Une résolution qui comme souvent dans le cas de série développée sur plusieurs tomes, parait toujours un peu brutale et fade.

Reste que cette série est passionnante, le dessin est superbe, les trouvailles scénaristiques drôles et poétiques. Il y a un peu de Capes et de Crocs dans certaines planches, notamment dans les effets de répétition ou les rappels entre tomes. La mention de Fin de cycle sur ce tome 5 a laissé dire à certains que Wilfrid Lupano envisageait d’écrire d’autre cycles dans cet univers. Effectivement, il a un univers riche, et il est facile d’imaginer de courts récits pour explorer certaines pistes laissées de côté dans les cinq tomes d’Azimut pourvu que la verve poétique reste et la beauté du dessin soit la même.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s