Roubaix d’Arnaud Desplechin

Yacoub Daoud (Roschdy Zem) est commissaire dans la ville de Roubaix. Il connait bien la ville puisqu’il y est né, qu’il y a fait ses études et qu’il y travaille depuis de nombreuses années. Il connait bien les habitants, sait tout de leur habitude et de leur propension au mensonge. Il fait son travail avec empathie, sans s’énerver, il est là où il a toujours voulu être, et il tire sa force de sa quasi certitude de faire correctement son métier. Louis Cotterel (Antoine Reinarzt) est lieutenant, nouvellement arrivé à Roubaix. Pour sa première enquête, le commissaire Daoud l’envoie sur le lieu d’un incendie criminel. L’affaire parait simple : deux voisines, Marie (Sara Forestier) et Claude (Léa Seydoux), ont vu des jeunes rodés auprès de la maison, avant qu’elle soit incendiée. Elles identifient les hommes, le lieutenant Cotterel les arrête et commence les interrogatoires. Problème : deux d’entre eux ont un alibi en béton. Puis les deux femmes par peur retirent leurs témoignages. Alors que son enquête est au point mort, le commissariat reçoit un soir un appel de ces deux femmes, leur disant qu’elles ont entendu des bruits suspects dans une autre maison voisine. Arrivés sur place, les policiers découvrent à l’étage de la maison le corps sans vie de son occupante. Prévenu le commissaire Daoud se rend sur place et fait arrêter Marie et Claude, les soupçonnant d’être à l’origine de l’incendie et du meurtre.

Je n’ai pas vu le documentaire  « Roubaix commissariat central, affaires courantes » tourné par Marco Boucault dont s’est inspiré le réalisateur Arnaud Desplechin pour tourner ce film. Il parait que le documentaire (qui ne traite pas uniquement du meurtre de cette femme âgée) était très impressionnant et ceux qui l’ont vu le préfère au film.  Je ne parlerai donc que du film sans le comparer au documentaire.

Le choix des acteurs est parfait. Roschdy Zem est extraordinaire dans le rôle du commissaire, Sara Forestier et Léa Seydoux également dans le rôle respectif de Marie et de Claude. Ils interprètent leurs personnages avec justesse et le scénario n’a pas à s’appesantir sur des lignes de dialogues nous expliquant d’où ils viennent et qui ils sont. En quelques phrases, quelques plans, on se saisit de ces personnages à la fois très stéréotypés mais n’en demeurant pas moins humains. Roschdy Zem est prodigieux dans le rôle du commissaire, un homme calme qui inspire confiance par ce qu’il semble très bien connaitre son métier et le lieu où il l’exerce. Il n’est donc pas étonnant qu’il ait reçu un césar pour son interprétation, cette récompense tombe sous le sens. Sara Forestier est touchante dans le rôle de Marie, cette jeune femme qui s’accroche à Claude, ne comprend pas ce qui se passe et croit se sortir d’affaire en jouant cartes sur table avec la police sans demander l’aide d’un avocat. Une telle naïveté, une telle candeur dans un personnage qui vient de commettre l’irréparable serait à peine croyable si elle n’était pas servie par le jeu toute en justesse de l’actrice.  Même chose avec Léa Seydoux, une actrice que je n’aime pas beaucoup mais qui joue parfaitement dans ce film au point de me faire oublier sa présence. Antoine Reinarzt campe un lieutenant surprenant. Croyant, il prie chaque soir dans sa chambre après sa journée de travail. C’est peut-être le personnage que l’on saisit le moins, ou en tout cas celui sur lequel on aimerait avoir eu plus d’information.

La mise en scène est à l’image du commissaire, qu’elle suit le plus souvent. Le film avance doucement, prudemment mais sûrement vers son point final : l’inculpation des deux femmes. En tant que spectateur, on assiste au travail des policiers, on voit comment les deux femmes par ignorance se livrent sans retenue aux policiers qui accumulent contre elles des faits, des gestes, des paroles qui seront utilisées contre elle lors du procès. Les mécanismes de la garde à vue, des interrogatoires, de la reconstitution s’attachent au point de vue des policiers, ils servent leur objectifs, s’enchaînent selon leur timing et on ne peut que constater à quel point étapes après étapes le piège se referme sur les deux femmes. Non qu’elles soient innocentes, mais la sincérité de leur collaboration avec les enquêteurs (dont ces derniers abusent) est presque touchante tant on sait ce qu’il adviendra d’elles après. Bref, c’est implacable. A aucun moment elles n’ont l’occasion de faire douter les enquêteurs, ces derniers avaient tout compris ou presque de ce qui s’était passé, il ne manquait plus qu’à le faire admettre aux deux femmes.

Difficile de dire qu’on a aimé ce film. son propos n’est pas aimable de toute façon. Par contre, on ne peut que reconnaître le talent du réalisateur et des acteurs pour avoir mis en lumière avec rigueur et authenticité ce fait divers. D’en avoir fait autre chose qu’un simple fait divers, une fenêtre sur ces existences à la dérive.

 

Une réflexion sur “Roubaix d’Arnaud Desplechin

  1. Dommage que vous n’ayez pas apprécié totalement ce très beau film. Certes le sujet est âpre, néanmoins superbement enluminé dans cette nuit de Noël, sous les ors des réverbères qui illuminent la cour des miracles. Il y a une part mystique dans ce film qui interpellé et qui fascine, jusqu’à la dimension prophétique du commissaire qui sait, et qui doit faire dire. Roschdy Zem est impérial.

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