Seul dans Berlin d’Hans Fallada

Dans un modeste immeuble de la rue Jablonski à Berlin, pendant que certains habitants fêtent bruyamment la victoire de l’armée allemande en France, d’autres se terrent, craignent le pire et attendent dans l’espoir de jours meilleurs. Alors que la famille Persicke est toute à sa joie de voir triompher le Führer, et notamment leur fils aîné, Baldur, jeune recrue des SS, le couple Quangel pleure la mort de leur fils au front. Le lendemain, des habitants de l’immeuble, et parmi eux les Persicke, décident de poursuivre leurs réjouissances en s’en prenant à Mme Rosenthal, une femme juive qui a déjà perdu son mari,  n’ose plus sortir de son appartement et qui ne doit son salut qu’à l’intervention d’un juge habitant dans l’immeuble. Un répit de courte durée puisque la femme sera ensuite dénoncée par l’un de ses voisins et se suicidera pour échapper à l’arrestation. Otto Quangel, témoin de ce tragique événement, ne peut alors se résoudre à ne rien faire. Il imagine avec sa femme Anna un stratagème pour réveiller le peuple allemand : chaque week-end, il écrira sur des cartes postales des messages courts pour alerter ses compatriotes sur ce qui se passe en Allemagne. Il disséminera ensuite ces cartes postales dans des immeubles au hasard afin qu’elles trouvent leur lecteur.  Ces cartes que des dizaines d’Allemands vont retrouver sur leur palier et rapporter à la police en prenant bien soin de ne pas les lire vont bientôt susciter l’énervement de le Gestapo et toute l’attention de l’inspecteur Escherich.

Deuxième roman posthume d’Hans Fallada, publié en 1947, quelques mois après sa mort que je lis après l’excellent Cauchemar. Ce roman s’inspire de faits réels, l’auteur a en effet récupéré le dossier (expurgé ?) de la Gestapo sur le couple Hampel, exécuté le 8 avril 1943 pour actes de haute trahison. 268 cartes postales, qu’ils avaient écrites et déposées dans différents lieux de la capitale, ont été récupérées par la Gestapo. L’auteur ajoute toute une galerie de personnages, tous plus ou moins liés au couple, imagine une fin différente pour Hanna, enjolive l’histoire de ce couple uni jusqu’à la fin et clôt son roman sur le personnage de Kuno, jeune garçon qui, par le travail de la terre, a échappé au destin tragique de nombreux garçons allemands de son âge. Ce roman a été adapté de nombreuses fois, notamment au cinéma en 2016. Il est reconnu comme un témoignage direct et important sur le comportement du peuple allemand pendant la guerre, en offrant une vision réaliste des persécutés et des persécuteurs et de tout ceux qui ont choisi (ou pas) de baisser la tête au travers de ses personnages de la rue Jablonski.

Un Allemand Peuple allemand réveille-toi ! Nous devons nous libérer d’Hitler !

Le roman est davantage intéressant que passionnant. Le lecteur suit avec délectation ces personnages ordinaires qui, à l’exception du couple Quangel, attendent que l’orage passe, en se contentant de survivre et en évitant de se faire remarquer. Ainsi la grande opération d’Otto est rapidement vouée à l’échec puisque personne ne souhaite lire ses messages, trop conscients du danger qu’ils recèlent. Finalement, les seuls à accorder de l’importance à ces cartes postales sont bien les membres de la Gestapo, qui pensent démasquer derrière elles un vaste réseau de résistance et sont quelque peu surpris par le pedigree du couple. Un couple que rien ne destinait à un tel coup d’éclat.

L’auteur excelle dans sa description des personnages médiocres, prêts à toutes les compromissions pour un peu d’argent ou quelques gouttes de schnaps. Enno Kluge est le personnage qui m’a le plus sidérée, sa trajectoire dans l’Allemagne nazie est désespérante. Il décrit également avec intelligence cette peur perpétuelle de la dénonciation, de l’acte compromettant qui tenaille le peuple allemand et lui fait craindre le camp. Cette peur qui finit par faire de ton voisin un dénonciateur, qui fait que tout le monde se soupçonne, se surveille et veut se couvrir en dénonçant le premier.

Onze de ses gens, parmi eux deux hommes qui avaient travaillé plus de vingt ans dans cette usine de meubles, avaient disparu en plein milieu de leur service sans laisser de traces, ou alors ils ne s’étaient pas présenté à l’usine un matin. Jamais on ne su ce qu’il leur était arrivé, et c’était une preuve de plus qu’ils avaient dû dire, à un moment ou à un autre un mot de trop et que pour cette raison ils avaient atterri dans un camp de concentration.
A la place des ces onze personnes, de nouveaux visages étaient apparus, et le vieux contremaître se demandait souvent si ces onze n’étaient pas tous des mouchards, et si une moitié de son équipe n’était pas en train de surveiller l’autre et vice versa. L’air puait la trahison. Personne ne pouvait faire confiance à personne, et dans cette terrible atmosphère, les gens semblaient s’abrutir de plus en plus, ils n’étaient plus que des pièces de la machine qu’ils servaient.

Un roman éclairant donc, mais qui souffre de quelques longueurs et qui a quelque peu édulcoré l’histoire de ce couple. Le roman réserve une fin différente pour Hanna qui meurt non pas exécutée avec son mari Otto, mais tuée dans un bombardement sans savoir qu’il est mort. Invention quelque peu inutile et qui passe sous silence le fait que les deux époux pour sauver leur peau se sont dénoncés mutuellement, offrant ainsi une image bien différente de ce couple fictionnel uni jusqu’à la fin.

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