Le cas Richard Jewell de Clint Eastwood

Richard Jewell (Paul Walter Hauser) vit seul avec sa mère et rêve depuis son plus jeune âge d’appartenir aux forces de police. Son comportement exemplaire, presque dogmatique, ne lui a pas permis de réaliser son rêve, en attendant il travaille en tant qu’agent de sécurité. A l’occasion des Jeux olympiques d’Atlanta, il est employé pour assurer la sécurité des lieux avec la police et le FBI  et se trouve être le premier à découvrir un sac abandonné contenant une bombe artisanale. Alors qu’il procède à l’évacuation des civils avec ses co-équipiers, la bombe explose tuant deux personnes et en blessant des centaines d’autres. Rapidement il est admis que sans l’intervention de Richard le nombre de victimes aurait été plus important. Il devient en quelques heures un héros au yeux de la nation toute entière. L’enquête du FBI commence et Tom Shaw (Jon Hamm), l’agent qui coordonne cette enquête, s’intéresse immédiatement à la personnalité de Richard, l’adage voulant que celui qui découvre la bombe est souvent celui qui l’a posée. Il confie ses doutes sur Richard à une journaliste locale en mal de gloire, Kathy Scruggs (Olivia Wilde), ce qui déclenche une hystérie collective contre Richard qui devient, aussi rapidement qu’il était devenu un héros, l’ennemi public numéro 1.

Un feel good movie qui de prime abord semble rendre justice à un homme faussement accusé d’avoir commis un attentat et qui à travers son exemple fait la démonstration de l’incurie des médias et de l’incompétence du FBI. Si on s’en tient à cette lecture, le film est agréable à regarder, on est quelque peu consternés par les méthodes du FBI, le comportement de la journaliste et on ne peut qu’être désolé pour cet agent de sécurité, trop honnête pour ce monde de brutes.

Mais à bien y regarder de plus près, le film est totalement à charge. A aucun moment, il n’est précisé que la piste Richard Jewell est l’une des pistes suivies par les enquêteurs et non la seule. Le fait de soupçonner cet agent est immédiatement présenté comme une aberration, alors qu’à bien y réfléchir, il n’est effectivement pas rare que celui qui reporte un acte criminel en soit l’auteur. En étant complètement à charge contre les médias et le FBI, et en présentant Richard comme l’innocent parfait, le spectateur finit par se sentir manipulé et commence à se douter que certains faits ne sont peut-être pas exacts.

Et effectivement, il semble que Clint Eastwood, soi-disant pour les besoins de sa narration, ait inventé des faits. Ce qui est préjudiciable quand on prétend rétablir la vérité en ne se fondant que sur des faits réels. Le FBI n’a pas toujours respecté les droits de l’accusé, mais n’a pas pour autant commis les méfaits décrits dans le film. Les journalistes ont effectivement accusé Richard d’être le poseur de bombe, mais ils n’ont rien inventé. Lors des nombreux procès que fera Richard contre eux (après l’abandon des charges contre lui), les juges confirmeront que les faits rapportés dans les médias relevaient de l’enquête et n’étaient pas falsifiés.

Et puis cerise sur le gâteau. Il y a eu une fuite d’information entre la presse et le FBI. D’où vient-elle ? Sans aucune preuve, de manière diffamatoire (au point que l’actrice incarnant Scruggs, Olivia Wild, impliquée dans le mouvement #MeToo, a dû se défendre en expliquant qu’elle ne le jouait pas ainsi dans les scènes concernés), et sans tenir compte des recherches faites par deux auteurs sur ce sujet (et dont pourtant le film s’inspire), Clint invente une coucherie, la journaliste ne peut avoir obtenu ses informations qu’en échange de faveurs sexuelles . Et dire que ces salopes viennent après nous faire croire qu’elles se font harceler.

Le cas Richard Jewell ou comment laver l’honneur d’un homme au prise avec l’Etat en salissant sans preuve celui d’une femme.

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