Vice d’Adam McKay

Avant de devenir l’homme le plus influent du parti républicain américain, Dick Cheney (Christian Bale) était un pitoyable alcoolique, employé dans une entreprise d’installation téléphonique, ayant raté Yale et à sa suite l’ensemble d’une carrière que beaucoup jugeaient pourtant prometteuse, à commencer par sa femme. Une énième soirée arrosée dans un bar malfamé, l’ayant à nouveau conduit à passer une nuit au poste, sa femme après l’avoir ramener à la maison lui pose un ultimatum : soit il change drastiquement de vie et devient quelqu’un ou s’en est fini de leur mariage. Dick Cheney arrête donc immédiatement l’alcool, se remet au droit et dégote une place d’assistant auprès d’un politicien qui commence à se faire un nom au sein du parti républicain : Donald Rumsfeld (Steve Carell). A ses côtés, Dick va tout apprendre de la politique, jusqu’à dépasser son maître et devenir l’homme fort du parti, celui qui fait autant qu’il brise des carrières.

On a beaucoup parlé de ce film au moment de sa sortie, louant son originalité, la qualité de l’interprétation de Christian Bale (méconnaissable) et l’analyse fine que le film porte sur les années Bush. Tout cela est en partie vrai mais en partie seulement.

La prestation de Christian Bale est effectivement admirable, on le reconnait à peine dans la peau de Dick Cheney et il campe bien ce politicard véreux, qui ne vise qu’une chose, le pouvoir, dans un but unique, faire de l’argent.  A ses côtés, Steve Carell est moins crédible dans la peau de Donald Rumsfeld. Quant à Sam Rockweel en George W. Bush, il est correct même si le film s’attarde peu sur lui finalement.

L’originalité du film repose sur deux piliers, une mise en scène plutôt dynamique comme c’était déjà le cas avec le précédent film d’Adam McKay, The Big Short, et une audace dans le choix du point de vue puisque l’histoire est racontée par celui qui donnera à Dick Cheney un cœur tout neuf. Cette dernière audace n’est pas convaincante cependant, car on ne voit pas bien l’intérêt de choisir cette personne pour raconter Dick Cheney. Pire elle fait planer sur le film une sorte de substrat moral sur la dignité du donneur au regard du receveur. Les scènes qui mettent en scène l’opération du cœur que subit Dick Cheney sont affligeantes d’un point de vue narratif puisqu’elle mettent en concomitance l’accident qui va faire de cet homme un donneur potentiel et les adieux de la famille à Dick Cheney dans une surenchère pathétique.

Quant au propos du film, il est davantage une accumulation de faits connus, arrangés dans un argumentaire très linéaire et très égocentré. Il peut donc parfaitement impressionner le chaland mais, à bien y réfléchir, 1)  tout cela on le savait déjà, 2) croire que seul Dick Cheney est à la manœuvre parait simpliste (un simplisme, là aussi déjà à l’oeuvre dans The Big Short), 3) ordonner tous ces événements dans un récit linéaire et téléologique ne laisse que peu de place à une véritable analyse et réflexion sur ces événements et, enfin, 4) à trop vouloir amplifier le rôle de Dick Cheney dans cet épisode de la vie américaine, c’est oublier d’autres acteurs, présents et passés (les trois derniers points étant bien entendu liés).

Enfin, le film propose en son cœur une sorte d’explication méta sur la politique de Dick Cheney, en faisant référence à une lecture particulière de ce dernier d’un article de la Constitution américaine. Ce procédé peut impressionner mais à mon avis il ne résiste pas à une analyse sérieuse.  L’hyper-présidence de la politique américaine n’est pas le fait de Dick Cheney, pas plus que l’évolution du rôle de vice-président. Tout cela parait davantage relever d’une lecture fantasmé pour faire du personnage de Dick le vilain surdoué de l’histoire dans une lecture très « comics » de la politique américaine. Peut-être est-ce potentiellement intéressant dans la fiction, par contre c’est extrêmement faible en terme d’analyse de la vie politique.

En d’autres termes, le film verse trop dans l’esbroufe, voire le fantasme pour offrir une vision claire et intéressante de cette période.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s