Tales from the Loop de Nathaniel Halpern

Dans une petite ville de ce qui est pourrait être le Midwest américain, le « Loop » est une sorte de Large Hadron Collider, installé sous terre, mais dont certaines structures marquent le paysage de la petite ville où il est construit. Le « Loop » a pour but de permettre l’exploration des secrets de l’univers, de rendre possible ce qui était jusqu’alors impossible.

Les « histoires » de ce Loop racontent la vie de ceux qui habitent près de lui, qui y travaillent et de cette réalité dans laquelle ils vivent. En huit épisodes, la série nous propose donc de suivre ces vies qui sont hantées par la boucle.

Sur son mur Facebook, Bill Bridges avait recommandé cette série pendant le confinement, tout en prévenant qu’il avait lui-même arrêté de la regarder, car elle était trop triste, et qu’il n’avait pas besoin de cela à ce moment-là. Nous avons découvert The Loop cet automne, le confinement s’éloignant, la maladie étant toujours là et ce contexte n’est pas sans importance.

La série se déploie progressivement : les épisodes ne sont pas liés entre eux (même s’ils partagent un lieu et des personnages communs), la narration est lente et ce n’est qu’à la fin de la saison que l’on peut appréhender ce qu’elle nous dit sur le temps (sa durée et sa variabilité) et sur la vie.

Le spectateur suit en effet des tranches de vie, des histoires de vie dans une temporalité diffuse : une enfant perdue qui, accompagnée d’un garçon de son âge, part retrouver sa mère disparue soudainement avant de découvrir qu’elle est elle-même cette mère introuvable ; deux amis qui échangent leur corps, ce qui évidemment finit mal puisque l’un des deux ne veut pas retourner son corps (et surtout sa vie) d’origine ; un couple de teenagers amoureux qui voudrait que le temps s’arrête pour vivre pleinement leur histoire mais qui doivent comprendre que tout à une fin (même l’amour) ; un grand-père qui avant de mourir veut aider son petit-fils à accepter la mort (épisode 4, central à bien des égards, de la série) ; un père qui veut protéger sa fille muette après avoir perdu son fils ainé mais qui se trompe dans ce que signifie la protection des siens ; un gardien du Loop qui va vivre une vie parallèle et par amour la préférer à l’ancienne ; un homme qui tente de réparer maladroitement la faute d’un père et enfin un enfant qui refusant la disparition de son grand-père et de son frère va disparaitre à son tour pour ne revenir que des années plus tard, toujours enfant alors que ce qu’il restait de sa famille a disparu.

A travers ces tranches de vies (qui se recoupent et font elles-mêmes de boucles), c’est une sorte de récit choral qui permet d’entrer progressivement dans le Loop, non pas pour apprendre ce qui s’y passerait (on ne saura jamais ce qu’est la sphère au centre du Loop bien qu’elle occupe toute l’attention des habitants de cette ville et qu’elle les marque de sa présence), car le propos n’est pas là. La série se focalise sur des thématiques philosophiques et spirituelles comme le temps (comment il est vécu par chaque être), le lien entre les êtres, le couple (d’amis, d’amants, de parents), l’attachement, l’amour (filial ou non), le désir, la mort, la transmission.

Autant de thèmes qui prêtent à la tristesse car l’inéluctabilité de la mort (et de la fin d’un temps individuel dans une temporalité collective mais inatteignable) conduit les personnages à une forme de renoncement, celui de la pureté, de l’immortalité, de l’éternité (l’épisode avec les deux teenagers est à ce titre emblématique) car c’est face au temps que l’homme apprend  à vivre. En cela, ce renoncement n’est pas forcément négatif. Il est triste, mais il est aussi ce qui fait la vie. Il est davantage une acceptation consciente de sa mortalité,  d’un temps individuel fini qui est la condition même des possibles interactions avec les autres.

Portés par une réalisation posée, volontairement lente, par une musique mélancolique (souvent au piano), ces contes ont lieu dans un univers inspiré de l’œuvre de l’illustrateur suédois Simon Stalenhag où la science-fiction, le futurisme, s’inscrit dans un paysage quotidien, absolument normal. Ici, bien sûr, c’est le Loop qui explique ce surgissement de la normalité de l’extraordinaire. C’est un robot à un moment, un père de famille qui a un bras cybernétique, de la neige qui monte vers le ciel, une vieille capsule métallique toute rouillée abandonnée dans les bois qui provoque un changement de corps et bien d’autres artefacts, comme des vestiges d’un futur déjà oublié.

Ce futur antérieur produit un étrange sentiment de désynchronisation qui, effectivement, convient bien à notre propre présent, le questionne et jette une nouvelle lumière sur ce qui nous arrive. On se retrouve alors à regarder cette série, ces histoires de boucles, en ayant de plus en plus conscience de la propre boucle infinie dans laquelle nous sommes pris. La série devient donc poétique, en ce sens où elle met en mots et en images un réel qui nous permet de reconsidérer le nôtre, et elle le fait sans violence, sans effet de manches, sans intrusion, mais en nous prenant en quelque sorte par la main de notre imaginaire et en nous offrant une série de tableaux qui fait sens.

Décrivant son œuvre initiale, Simon Stalenhag explique que le Loop et ses ruines sont une métaphore de l’Etat social suédois, quelque chose que l’on abandonne, que l’on n’entretient pas, et dont les ruines autour de nous sont donc familières et étrangères à la fois. La série nous dit la même chose à l’échelle du Monde : nous voilà déjà dans les ruines de notre présent, et nous ne nous demandons même pas comment elles sont arrivées là… sauf lorsqu’elles nous sautent littéralement à la vue. C’est le grand mérite de cette série que de permettre cela : décrire des individus dans un monde qu’ils ne maitrisent pas et dont pourtant ils cherchent à donner un sens puisque que ce sens qu’ils donneront à ce monde découle le leur, celui de leur existence et conditionne l’acceptation de leur fin.

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