Les tondues, compagnie Les Arts Oseurs

Marie (Murielle Holtz), Marc (Jules Poulain-Plissonneau) et Madeleine (Maril Van Den Broek) ne le savent pas mais ils partagent une histoire commune, celle des tondues, ces femmes accusées à la Libération de collaboration horizontale et tondues pour l’exemple. La grand-mère de Marie vient de décéder ; comme un pied-de-nez à l’histoire, elle demande à sa petite-fille d’aller inscrire sur le monuments aux morts de sa commune « Tondue pour la France » et d’y déposer 13 roses noires. 13, le nombre de femmes tondues comme elle à la Libération dans sa ville natale. Parmi ces treize femmes, il y a la grand-mère de Marc et Lili, la meilleure amie de Madeleine.  Tous les trois reviennent dans cette ville pour y retrouver des traces de ces femmes, leur donner une voix dans le silence de la mémoire.

La représentation prend la forme d’une déambulation dans les rues d’un quartier du Mans (en septembre dernier). Lors de la première scène, trois acteurs distribuent aux spectateurs des lettres aux couleurs de la République, bleu, blanc, rouge. Puis chaque acteur se présente, il y a donc Marie (lettre blanche), Madeleine (lettre rouge) et Marc (lettre bleu). Après une rapide présentation des personnages, chaque spectateur suit celui associé à la couleur de la lettre qu’il a reçu. J’ai donc suivi Marie, pendant que Mathieu suivait Madeleine.

Marie est furieuse, elle espérait toucher l’argent de l’héritage mais par une lettre de notaire elle découvre que le déblocage de l’argent ne se fera que sous condition : elle doit exaucer le souhait de sa grand-mère. Furieuse d’apprendre que sa grand-mère a collaboré, elle décide dans un premier temps de laisser tomber, puis accepte d’exaucer son vœu pour l’argent avant de comprendre enfin, en rencontrant une amie de sa grand-mère le drame qui s’est joué à la Libération. Alors, elle va les peindre ces lettres, en rouge bien pétant pour faire honte à ceux qui ont tondu sa grand-mère.

Marc, Marie et Madeleine se retrouvent finalement sur un banc, ne sachant que faire de cet héritage, bien conscients que derrière le sort réservé à ces femmes à la Libération se pose toute la question de la place des femmes dans la société. Celle qui assume depuis le début le rôle du chœur fait le lien entre ces femmes et les femmes, en lisant un extrait d’un ouvrage de l’historien Fabrice Virgili, La France virile, des femmes tondues à la Libération :

Au moment où les femmes obtiennent le droit de vote, le signal est clair : certes vous accédez à la citoyenneté politique mais sachez que votre corps ne vous appartient toujours pas.

puis un extrait de King Kong théorie de Virginie Despentes.

Les corps des femmes n’appartiennent aux hommes qu’en contrepartie de ce que le corps des hommes appartiennent à la production, en temps de paix, à l’État, en temps de guerre.
Car la virilité traditionnelle est une entreprise aussi mutilatrice que l’assignement à la féminité.

Les spectateurs suivent les comédiens dans les rues, découvrent des silhouettes de femmes sur la devanture des maisons et tout ensemble nous allons plus loin dans cette réflexion. Inévitablement, le spectacle se termine dans une cour d’école, théâtre de très nombreuses tontes. Ni jugement, ni moral mais cette phrase tout en symbole « Je ne suis même pas sûr d’avoir le dernier mot ». Le spectacle mêle théâtre, danse (magnifique Marc sur le piano), chant et performance artistique, au plus près du public.

S’ouvrant sur une réflexion sur la place des tondues dans la mémoire ou comment 20 000 femmes tondues ont pu ainsi se taire et le public ignoré le sort ignoble qui leur a été imposé à la Libération, le spectacle poursuit sur la place des femmes dans notre société, et les reculs observés ici ou là sur leurs droits à disposer librement de leur corps. Le ton et les jeu des acteurs est militant, il ne fait pas dans la nuance, cependant il est brut plutôt que brutal. Le spectacle est donc émotionnellement très fort, les comédiens se donnent complétement et il y a comme une absence totale de filtre. En tant que spectateur, on est submergé par leurs émotions. Certains reprocheront peut-être au spectacle son manque de nuance, pour ma part j’y ai vu une nécessité en ces temps actuels où on ne peut plus se payer le luxe de la nuance.

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