Songs My Brother Taught Me de Chloé Zhao

Jashuan (Jashaun St. John) et Johnny (John Reddy) vivent dans la réserve de Pine Ridge avec leur mère. Leur frère aîné est en prison et leur père est aux abonnés absents. Pour vivre (voire survivre), les deux enfants accumulent les petits boulots. Johnny revend de l’alcool dans la réserve et Jashuan des vêtements qu’elle personnalise avec des perles, des motifs indiens et tout ce qui peut l’inspirer. Le duo est très proche, puisqu’ils ont appris à vivre l’un pour l’autre face à l’adversité. Cependant Johnny est aussi très proche de Taysha (Taysha Fuller), une fille qu’il a rencontrée au lycée. Ils sont ensemble depuis peu et se projettent en tant que couple vers l’avenir. Taysha, bonne élève, ambitionne de quitter la réserve pour poursuivre ses études à Los Angeles. Johnny, peu intéressé par les études, veut la suivre pour également faire sa vie là-bas où il sait qu’il trouvera du travail mieux payé. Jashuan regarde son frère s’éloigner progressivement, inquiète de son départ et dans le même temps comprenant les raisons de celui-ci.

Premier film de la réalisatrice Chloé Zhao, avant le magnifique The Rider. On y trouve déjà toutes les thématiques chères à cette réalisatrice : la vie des Indiens dans les réserves, leurs importantes difficultés économiques et sociales qui pèsent sur les relations familiales, et ce contraste frappant entre la violence des rapports humains et la quiétude des paysages environnants qu’elle filme d’une manière extrordinaire.

Ce film pose la question du départ, celui d’un père vis-à-vis de sa famille, d’un frère vis-à-vis de sa sœur, d’un garçon vis-à-vis de son amoureuse. Alors qu’il a condamné le départ de son père, Joshuan se trouve dans la position de celui qui doit également partir. Il doit choisir entre sa vie future avec sa copine et sa vie présente avec sa sœur. Un choix cornélien qui se pose à tous dans cette réserve et qui déconstruit complètement les familles.

Ce film est une sorte de brouillon pour The Rider : on y retrouve la finesse de la réalisation, des plans larges qui offrent aux paysages une exposition incroyable, un montage très peu perceptible qui permet des scènes de dialogues longues et des plans lents sur les acteurs. Tout cela donne à voir un milieu baignant dans une douce tranquillité pourtant violenté par son isolement. Cette impression de prison à ciel ouvert, une prison  économique et sociale (même si elle devient rapidement prison physique) est l’une des très grandes réussites de ce film.

On attend avec impatience son prochain film, Nomad’s Land, qui semble s’inscrire dans le sillage de ces deux premiers films. On est inquiet d’imaginer cette réalisatrice aux commandes du prochain Marvel.

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