Nickel Boy de Colson Whitehead

Elwood Curtis, inspiré par les sermons de Martin Luther King et ses messages de paix, est prêt à faire sa part pour changer le monde. Repéré par un enseignant qui croit en son potentiel, Elwood s’apprête à entrer à l’université. Malheureusement sur le trajet qui l’emmène dans la ville universitaire, il se retrouve embarqué dans une voiture volée. Capturé par la police, il est déféré devant un juge qui prononce alors son incarcération dans la Nickel Academy, une maison de correction pour jeunes délinquants. Transféré dans le bâtiment des « nègres », il fait alors la rencontre de Turner. Malgré les sévices quotidiens dans l’établissement, Elwood pense qu’en restant à sa place, en se tenant tranquille, il va éviter les coups et sortir bien vite de ce lieu cauchemardesque. Turner n’a alors pas le cœur de le contredire.

Septième roman de Colson Whitehead, après l’excellent Underground Railroad en 2016, couronné du National Book Award.

Les deux personnages représentent les deux facettes d’une même réalité : celle de la place des Afro-Américains aux Etats-Unis. Elwood incarne l’espoir de créer du changement, de faire bouger les choses ; Turner, la désillusion de savoir que rien ne changera. Ces deux personnages sont en un sens proche de l’auteur qui admet lui-même qu’il oscille quotidiennement entre ses deux pôles contraires. A travers l’histoire de ces maisons de correction, il fait le procès de la société américaine. La « Nickel Academy » est à l’image des Etats-Unis : il y règne la ségrégation, la violence et les sévices sexuels. Reste qu’au sein de cet établissement, des amitiés se forment et des communautés qui permettent tant bien que mal de résister à l’adversité.

Ce procès fait par l’auteur n’aura pas lieu : quand Elwood cherche à attirer sur l’établissement le regard des autorités, il signe son arrêt de mort. A l’image de ce juge qui l’a condamné sans l’écouter, les autorités savent mais laissent faire. Après avoir détaillé de façon presque (trop) documentaire les sévices perpétués dans ces maisons de correction, le roman se clôt sur l’évasion raté des deux amis. Le lecteur croit tout d’abord que Turner a été tué, et que l’idéaliste Elwood a survécu. Il apprend en fin de roman que c’est l’inverse et que pour survivre, Turner est devenu Elwood. A-t-il pour autant fait sien les espoirs de ce dernier ? Pas vraiment. Il faut que les cadavres sortent de terre pour que Turner, plus par devoir que par espérance, se résolve à témoigner.  Mais alors les coupables ne sont plus là et l’affaire semble entendu, prête à être réinstallé dans les méandres froides de l’histoire. Il y a prescription.

Comparé à son précédent roman et dans une moindre mesure au roman de Paul Beaty, The Sellout (que j’ai lu juste avant), ce septième roman de Colson Whitehead est moins intéressant, tant dans l’écriture que dans sa problématique. A la lecture, il m’a beaucoup rappelé le film de  Peter Mullan, The Magdalene Sisters. Des œuvres qui interpellent par leur sujet, mais dont le projet littéraire n’est pas particulièrement ambitieux. J’ai ressenti la même chose à la lecture de ce roman : son sujet est bouleversant, mais il manque une approche plus complexe dans le fond et dans la forme. Sachant que je n’ai pas été particulièrement bouleversée par le twist final, que je trouve relativement inutile.

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