Josep de Aurel

Conséquence de la défaite des républicains espagnols contre Franco, des milliers d’entre eux quittent l’Espagne pour se réfugier en France où ils sont parqués dans des camps. Deux hommes vont alors se lier d’amitié. Josep est dessinateur. Il n’a plus de nouvelles de sa femme alors enceinte de leur premier enfant. Il attend avec impatience des nouvelles et, dans l’attente, il dessine son quotidien dans le camp, le manque de nourriture, la maladie et les violences que les autorités françaises leur font subir. Serge est gendarme depuis peu. Pour ne pas subir les représailles de ses collègues, il fait un peu comme tout le monde et violente les prisonniers. Mais de temps en temps, il tape un peu moins fort, donne un crouton de pain ou des feuilles et un crayon à un dessinateur talentueux. Ce faisant, il s’extirpe peu à peu de sa léthargie et se force à agir pour aider celui qui est devenu malgré les barbelés son ami.

Un film dont on avait beaucoup entendu parlé lors de sa sortie et qui à premier vue nous a quand même un peu déçu. Le sujet est passionnant parce que peu traité par la fiction côté français et pour cause, cette période met en lumière la trahison et la lâcheté de la France vis-à-vis de ces républicains. Une trahison dont on ne parle pas et qui vient rejoindre la longue liste des crimes commis par les autorités françaises pendant cette période et qui n’augure rien de bon sur l’avenir, tant nous avons de gros problèmes de mémoire.

L’une des grandes réussites de ce film, outre le fait qu’il parle d’un fait peu connu, est l’utilisation de la musique. Elle est magnifique, dosée avec soin et ne vient jamais alourdir le propos mais au contraire en souligner la justesse en permettant au spectateur d’accéder à des émotions difficilement retranscrites par le dessin. L’utilisation du langage, à travers le jeu des accents, est également une grande réussite car elle apporte au film des sonorités humaines qui viennent encore davantage souligner l’inhumanité du traitement qui est réservé à ces hommes et ces femmes. Globalement tout le travail autour du son, de la musique ou de la voix, est parfait, et contribue en grand part à un film exceptionnel.

Par contre, et cela est presque surprenant, l’animation du dessin est vraiment problématique. Josep n’est pas le premier film d’animation dessiné, il y a de nombreux films d’animation évoquant le passé qui reposent entièrement sur des dessins, comme l’immense Valse avec Bashir. Contrairement à cet illustre exemple, Josep manque de dynamisme. L’animation a un espèce de faux rythme qui fait que parfois la lecture des scènes est difficile : on ne suit pas bien leur enchainement et du coup c’est toute la chronologie du récit qui parait parfois un peu confuse.

Enfin deux éléments narratifs ne sont pas bien construits. Le cadre du récit autour de cet adolescent qui vient visiter son fils manque de cohérence et ne permet pas de bien saisir la scène finale (notamment ses enjeux et sa portée symbolique). De la même manière, toute la partie au Mexique alors que Josep vit auprès de Frida Kahlo parait anecdotique alors que plusieurs liens pourrait être fait entre ce qui vit Josep là-bas et la sortie de la guerre. Sa présence au Mexique, dans l’entourage de Frida, est tout sauf anecdotique et c’est dommage que le film ne s’y intéresse pas plus.

Et puis il y a ces dessins qui viennent clore le film. Porté par la musique, ces dessins finalement nous parlent beaucoup plus que le film lui-même. On a alors envie d’en savoir plus sur Josep Bartoli, sur lui et sur son travail et on garde cette impression d’avoir effleuré quelque chose voire d’être passé à côté de quelque chose qu’il faut à présent rattraper en allant à la source même.

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