Carbone & Silicium de Mathieu Bablet

Une équipe de scientifiques a conçu deux androïdes dotés d’I. A. fortes et prénommées Carbone et Silicium. Leur I.A est considérée comme forte parce qu’elle leur donne la capacité de connecter leur cortex à l’ensemble des données d’internet. Un an plus tard, les deux androïdes fonctionnent toujours parfaitement mais l’équipe de scientifiques les ayant conçues envisagent déjà la question de leur durée de vie. Cinq ans ? Dix ans ? Derrière cette question se pose celle de la survie des machines à leur créateur ce qui parait alors inacceptable. Finalement, l’équipe se met d’accord pour une durée maximale de quinze ans, suffisamment pour leur permettre de développer des capacités émotionnelles.

Lors d’une tentative d’évasion, Silicium est le seul à s’échapper du centre dans lequel il a été créé, laissant Carbone avec Noriko, une membre de l’équipe scientifique. Arrivée à la fin de sa durée imposée de vie, Silicium va, grâce à Noriko, télécharger sa conscience dans le net. Son but alors est de continuer à chercher Silicium qui lui parcourt le monde pour comprendre l’humain.

Magnifique album qui aborde de front les questions de l’intelligence artificielle et du transhumanisme. La question du corps est au cœur de l’album, un corps qui, par les choix picturaux de Mathieu Bablet, devient un corps encombrant, lourd, moche, mais également un corps qui permet d’être au monde, d’en ressentir la présence perpétuelle. Silicium parcourt le monde pour en comprendre la beauté, au fil de ses voyages il devient le témoin des catastrophes humaines et se prend presque d’affection pour cet être humain voué à la disparition. Carbone quant à elle veut se ranger du côté des robots, trouver une voie pour leur survie en dehors du corps humain, dans l’immensité des données du net.

Parce qu’ils prennent des voies différentes, Carbone et Silicium se séparent progressivement, chacun attendant que l’autre soit prêt pour envisager cette séparation définitive. On ne peut pas à proprement parlé d’histoire d’amour entre Carbone et Sicilium, mais plutôt d’un lien très fort entre deux êtres proches qui confrontés à une situation dramatique cheminent à distance mais ensemble (ils se revoient régulièrement et discutent de leur ressenti) et acceptent de ne pas faire le même choix, acceptent la séparation inévitable.

L’auteur prend à revers l’ensemble des fictions jusqu’alors écrites. Il place son récit du point de vue des androïdes, l’humain passe au second plan. Il fait de ces androïdes des êtres sensibles au monde face à une humanité qui semble condamné à détruire inexorablement son environnement. Loin de jugées cette espèce envahissante et bruyantes, les deux androïdes ne font que constater l’échec, déplorer le gâchis de cette humanité qui tourne le dos à ces émotions, tourne le dos à son environnement et ce faisant court à sa perte.

Le récit pose également la question de la mort. Noriko, en permettant à Carbone d’échapper à sa fin de vie programmée, va chercher également à échapper à la sienne en soumettant son corps à l’injonction de la survie. Elle finit vivante mais toujours prisonnière de ce corps vieillissant, qui malgré ses tentatives pour le réduire à une portion congrue (pour n’être plus qu’esprit) n’en finit pas d’être là. Se pose alors la question de ce qu’est un humain sans corps. La réponse apportée par Mathieu Bablet est glaçante mais terriblement belle.

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