Lovecraft Country (saison 1) de Misha Green

Démobilisé à la fin de la guerre de Corée, Atticus Freeman (Jonathan Majors) retrouve son oncle George (Courtney B. Vance) dans la ville de Chicago. Sur les conseils de Montrose (Michael K. Williams), le père absent d’Atticus, ce dernier décide de partir avec son oncle vers la ville d’Ardham dans le Massachussetts pour y découvrir, en suivant les indications de son père, des secrets sur la famille Freeman. Leti (Jurnee Smollett), une amie d’enfance d’Atticus, embarque avec eux dans ce road trip qui va les emmener à travers des Etats américains où la législation Jim Crow est encore en vigueur.

George, spécialisé dans l’écriture de guide voyage à destination des personnes de couleur voulant éviter les rencontres malencontreuses avec les racistes blancs, établit un itinéraire pour leur éviter les endroits les plus dangereux, tout en sachant bien qu’ils devront à certains moments traverser des Etats ouvertement racistes. L’équipe se prépare donc au pire, mais elle est loin d’imaginer les horreurs dont elle va être le témoin (et la victime).

Sur le papier, l’idée d’utiliser le « fond culturel » de Lovecraft, que ce soit au regard de l’époque pendant laquelle ont été écrits ses romans ou plus spécifiquement pour interroger la vision raciale que l’auteur déploie dans son univers, dans le but éventuel de confronter l’auteur et son œuvre à son époque et d’en tirer des enseignements pour aujourd’hui, paraissait extrêmement séduisante. Sauf que cette idée que sous-tendait le roman de Matt Ruff, dont s’inspire la série (on ne comprend pas d’ailleurs très bien le lien entre le roman et la série, l’auteur de la série parlant davantage de continuation plutôt que d’adaptation) n’a pas été mené à son terme si l’on en croit le boggan (Lovecraft Country, le roman), se limitant à quelques assertions prononcées ici ou là par certains personnages dans le roman, sans que l’on puisse véritablement parler de réflexion. Avec un matériaux aussi faible intellectuellement, l’auteur de la série avait donc fort à faire pour coller avec les attentes que laissait supposer l’association de Lovecraft avec le réalisateur de la série Underground sur le célèbre chemin de fer clandestin qu’empruntaient les esclaves pour quitter les états du sud. Malheureusement, le prochain réalisateur de Tomb Raider n’a pas les épaules pour un tel projet, même si au détour de quelques scènes il nous permet de voir ce qu’aurait pu être Lovecraft Country.

Rarement il m’a été donné de voir une série aussi mal filmée, à quelques exceptions près, et avec une direction d’acteurs aussi calamiteuse. Comme à peu près tous les acteurs de la série sonnent faux, on ne peut qu’incriminer le réalisateur qui n’a pas su les diriger ou n’a pas vu le désastre. Mais sur certaines scènes, on a mal aux oreilles rien que de les entendre.

Ensuite, visiblement ceux qui ont tourné les scènes de sexe (hétéro ou homo) ont un problème avec la représentation de ces rapports. Toutes les scènes de sexes sont vulgaires et surtout hyper violentes. Je ne veux même pas essayer de trouver une explication psychologique à ce fait, en surinterprétant la psyché des personnages. Je crois qu’on est là dans un cliché commun aux réalisateurs de télé, qui voient dans le sexe une performance et une activité bestiale parce qu’uniquement physique. Navrant mais si prégnant dans une culture fascinée par les tueurs en série et le porno.

Ensuite la multiplication des récits parallèles entre l’Amérique et la Corée, ajoutée à la cacophonie des scènes surnaturelles (cacophonie ou incohérence c’est selon), rend le propos initial sur le racisme aux Etats-Unis complétement inaudible. Et pourtant certaines scènes au début de la série laissaient augurer une réflexion plus intéressante, quand il apparait que pour les protagonistes de cette histoire une créature de Lovecraft (comme le Shoggoth) était moins dangereuse qu’un flic en uniforme. Cette idée transparait une ou deux fois dans la saison, mais elle est noyée dans un récit tellement inepte parfois qu’on se prend à regretter de voir ce que l’on voit et surtout de ne pas voir ce qui aurait du être.

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