Shangri-La de Mathieu Bablet

La Terre étant à présent invivable pour l’espèce humaine, cette dernière s’est retranchée dans une station orbitale où elle tente de survivre en vase clos. Cette station n’est pas gérée par un gouvernement d’élus mais par les dirigeants d’une multinationale, appelée Tianzhu. Cette entreprise administre le quotidien des habitants de cette station : elle leur fournit du travail, des logements, de la nourriture et des divertissements. Rien de ce qui se passe sur la station n’échappe au contrôle de Tianzhu. Cette mainmise absolue sur le sort de milliers d’individus est justifiée par la nécessité de la survie de l’espèce humaine et par son caractère temporaire, l’entreprise cherchant une nouvelle planète habitable.

Scott est payé par Tianzhu pour enquêter sur une série d’explosions dans des stations-laboratoires. Bien que ce qu’il découvre l’inquiète au plus au point, les dirigeants auprès desquels il fait régulièrement un état de ses avancées ne semblent pas prendre la mesure de ses révélations et surtout ils lui cachent une partie des faits et notamment la nature des expériences menées sur ces stations-laboratoires. Approché par un groupe de résistants, Scott décide de s’émanciper de Tianzhu pour mener ses propres recherches.

Paru en 2016, bien avant l’excellent Carbone & Silicium, Shangri-La multiplie les axes de réflexion dans un contexte de catastrophe totale qui a conduit l’humanité à ne plus pouvoir vivre sur Terre. L’existence de Tianzhu interroge notre société de consommation, les multinationales étant les véritables dirigeants de la société humaine et l’achat le seul horizon spirituel pour une société qui, dans le cas de l’album, est contrainte de vivre en vase clos, les individus ne vivant que pour consommer. Mais qu’en est-il de nous qui pourtant n’avons pas les mêmes contraintes ?

La présence des animoïdes, crées par Tianzhu pour offrir aux humains des souffre-douleur, ouvre un second axe de réflexion sur le racisme et son lien étroit avec les sociétés modernes. Le racisme est donc perpétué par l’entreprise pour servir de soupape. La présence des scientifiques quant à elle interroge l’arrogance de l’humanité, qui non contente d’avoir rendu la Terre inhospitalière, continue ses expériences délirantes, persuadés que la science débarrassera l’homme de sa dépendance envers la nature.

Le récit de Scott s’ouvre sur un prologue qui se situe en fait dans le futur de la narration (on le comprend en fin d’album). Dans ce prologue, Scott est seul, il est l’unique survivant de l’espèce humaine et il observe avec bonheur la transformation du soleil en supernova, événement qui va à la fois détruire ce qu’il reste de la Terre et son environnement proche, mais qui va également (car c’est bien un début) rebattre les cartes, relancer les dés de la création pour pourquoi pas faire advenir quelque chose de neuf hors de l’humanité. Alors certes, l’auteur est pessimiste quant à l’éventualité que l’humanité sorte de ces travers (la représentation de la bassesse et de la crasse, aussi bien physique que mentale, de l’humanité est une constante de son travail), par contre il rappelle dans son prologue que l’Univers ne se réduit pas à sa seule présence et que l’espace est encore plein de ressources.

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