L’Accident de chasse de David L. Carlson & Landis Blair

Charlie vit avec son père Matt dans un modeste appartement de Chicago. Enfant, il a vécu avec sa grand-mère et sa mère, mais, à la mort de cette dernière, il est parti vivre avec son père qu’il ne voyait jusqu’alors que quelques semaines par an. Aveugle suite à un accident de chasse, Matt est vendeur d’assurance mais surtout écrivain. Passionné par Dante, il passe ses journées à écrire ce qui sera son premier roman poétique. Malgré les refus des éditeurs, il poursuit son travail d’écriture, persuadé qu’un jour sa voix s’ajoutera à celle des grands poètes.

Charlie, en grandissant, trouve l’appartement paternel de plus en plus étroit. Il veut sortir avec les autres garçons du quartier, avoir une voiture et être plus libre de ses mouvements. Matt le laisse faire, mais un événement inattendu va les mettre face à face, et pousser le père à enfin avouer la vérité à son fils sur ce prétendu accident de chasse. Charlie découvre alors un autre monde, celui de la prison mais il comprend alors la passion de son père pour la littérature.

Ce magnifique album conjugue la finesse d’un dessin noir et blanc et la fluidité d’un scénario maitrisé de bout en bout, abordant des thématiques aussi complexes que le remord et la paternité avec en filigrane un magnifique hommage au pouvoir de la fiction.

L’album est splendide grâce à ces magnifiques dessin en noir et blanc qui rappellent sur certains points, en particulier la présence bien visibles des tracés, les dessins d’Emil Ferris dans My Favorite Thing Is Monsters. La construction et l’agencement des planches créent l’atmosphère unique de cet album, à mi-chemin entre réalisme et onirisme. Dans cet entre-deux unique, le lecteur est comme porté dans une narration où la fable littéraire se combine avec l’évocation la plus ordinaire d’une vie humaine à Chicago dans les années cinquante, où la fiction est conscience d’elle-même, créant une mise en abîme qui fait de l’écriture le processus unique par lequel le lecteur découvrira la véracité de ces existences. Loin d’être un simple éloge des grands poètes antiques ou contemporains, l’auteur rend hommage au pouvoir de la fiction, et cela est perceptible bien évidemment dans le script de l’album mais également dans sa forme et dans les choix graphiques qui consacre encore une fois cet entre-deux, cette fable réaliste.

Charlie va donc découvrir que son père lui a menti, en lui racontant une histoire fausse. Ce sera pour le père comme le fils l’occasion de se raconter d’autres histoires, peut-être plus véridiques cette fois, même si, finalement, qu’importe. Ce qui importe vraiment, ce sont les mots, ces mots qui créent entre ces deux êtres des images (noter que le père est aveugle ce qui lui permet de mieux voir les mots) et des émotions.

Fiction initiatique, fiction de la rédemption, fiction sur les retrouvailles entre un père et son fils, L’Accident de chasse est surtout un album sur le pouvoir des mots, et avec eux des images pour créer un sens. Une habilité que l’auteur consacre en citant John Keats et « sa vérité de l’imagination ». Il est d’ailleurs délicieux de découvrir à la fin de l’album que les deux personnages ont réellement existé. Cela souligne encore plus l’incongruité de l’opposition entre fiction et vérité. Car, en refermant ce livre, on sait que nous avons lu une histoire. Était-elle fictive ou réelle ? Cela importe peu. Les mots et les images l’étaient et cela suffit.

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