Nomadland de Chloé Zhao

Fern (Frances McDormand) vit seule dans son camping-car, suite à un enchainement d’événements aussi tragiques qu’ordinaires. Son mari est décédé il y a quelques années, l’entreprise qui les avait employés tous les deux a fait faillite et la ville qui s’était construite autour de cette entreprise, et où vivait le couple depuis toujours, est aujourd’hui une ville-fantôme. La maison qu’elle partageait avec son mari est vide, ne reste que quelques cartons entassés dans un garage et ce qu’elle a pu prendre avec elle dans son véhicule. Ayant tout perdu, Fern vit à présent en nomade, parcourant les Etats-Unis dans son véhicule à la recherche d’emplois saisonniers.

Une vie difficile, avec peu de confort mais une vie qui lui convient, faite de rencontres, de voyages ; un vie proche de la nature et surtout une vie en perpétuel changement comme si le fait de devenir nomade signifiait pour Fern oublier sa première vie de sédentaire avec son mari. Comme s’il fallait refuser à tout prix de revenir à une vie « normale » pour sanctuariser sa vie d’avant l’errance.

Dans Nomadland, on retrouve bien évidemment le style de Chloé Zhao : un scénario focalisé sur les vies ordinaires, une mise en scène qui va au plus près des personnages et qui prend le temps de les observer, une direction d’acteurs qui mêlent acteurs professionnels et amateurs pour amplifier l’impression d’authenticité. Tout cela donne encore une fois à voir une Amérique oubliée d’Hollywood, celle des travailleurs pauvres qui grossissent les rangs d’Amazon et celle des itinérants qui font le choix de parcourir le pays pour échapper à la violence de leur société puisqu’ils se savent impuissant à la changer. Le parcours de Fern et de ses camarades de voyage est assez classique, à ceci près que la réalisatrice a fait le choix de suivre des personnes plutôt âgés, ceux-là même qui n’ont plus leur place à l’écran.

Par contre, le propos du film est plus appuyé que dans ses précédents films et même si Frances McDormand est une actrice formidable, il y a en suspens un petit effet oscar dans son interprétation. Non pas qu’elle en fait trop, mais elle est un peu trop sublimée par la caméra. Le film est très calibré, beaucoup plus que les précédents de Chloé Zhao dans lesquels elle s’autorisait à aller dans le glauque. Là, le scénario et la mise en scène sont très prudents, peu audacieux finalement. Elle livre un récit assez convenu et plutôt positif sur ce choix de vie et il manque un regard peut-être plus âpre sur ce sujet. Un film donc intéressant à voir, mais très en-deçà de ce qu’elle a fait antérieurement (notamment par rapport à The Rider) et un film qui parait trop calibré Oscars pour être totalement honnête.

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