Days Without End de Sebastian Barry

Thomas McNulty, au crépuscule de sa vie, entreprend de raconter ce qui fut sa vie sur le sol américain. Poussé à l’exil par la Grande Famine qui sévissait en Irlande, il débarque adolescent à Daggsville où il est recruté, avec ce qui deviendra son ami et son amant, John Cole, dans un saloon pour égayer les soirées dans cette sombre ville minière. Le couple déguisé en femme se produit sur scène et doit aussi faire acte de présence chaque soir dans le saloon, son propriétaire est en effet persuadé que seule une présence féminine (même factice) pourra garantir la quiétude de son établissement.

Mais en grandissant l’illusion n’est plus possible et les deux acolytes doivent se résoudre à quitter leur emploi et la ville. Par solidarité avec ce pays qui les a accueillis autant que par nécessité économique, les deux amants décident de s’engager volontairement dans l’armée et troquent ainsi leurs froufrous contre une poussiéreuse défroque militaire bleue. D’abord engagés dans les guerres indiennes, John et Thomas sont encore sous obligation militaire quand la guerre de Sécession éclate. Ils décident alors de rester dans les rangs de l’Union. De l’expérience de la guerre, Thomas retiendra la peur, le froid, le faim et surtout la cruauté omniprésente.

Pour ce septième roman, Sebastian Barry renoue avec la famille McNulty en décrivant la vie d’un de leurs ancêtres ayant fui l’Irlande au moment de la Famine. A nouveau, l’auteur puisse dans son arbre généalogique pour imaginer ce Thomas McNulty (référence probable à un arrière-grand-oncle) débarqué adolescent en Amérique et qui va vivre de l’intérieur les Guerres indiennes, puis la guerre de Sécession tout en vivant une vie de débauche avec son amant, John. Encore une fois, les liens entre les romans de Barry, y compris quand il appartiennent au cycle de deux familles (McNulty et Dunne) est factice, ce qui fait que chaque livre peut-être lu dans l’ordre du choix du lecteur et indépendant des autres.

Sebastian Barry nous a peu habitués aux récits romanesque en dehors de l’Irlande et de la période allant de l’insurrection de Pâques jusqu’aux années soixante environ. Il surprend donc ses lecteurs habituels en plaçant son intrigue en Amérique et à la fin du XIXe siècle. Le résultat est peu probant puisque le roman est un habile montage de tableaux « typiques » : nous avons donc le tableau du saloon, puis celui de la chasse aux bisons, de l’attaque d’un camp indien, d’une traversée désertique pour aller d’un fort à un autre fort ainsi que des scènes de batailles et des scènes d’affrontement, notamment la fameuse scène de l’attaque d’une ferme isolée par un groupe d’individus. Tout cela est bien intéressant, n’est pas forcement mal écrit mais fait très « passage obligé » et surtout l’amalgame ne donne pas véritablement corps au récit.

Just four or five hours later we begin to see a country whose beauty penetrates our bones. I say beauty I mean beauty. Oftentimes in America you could go stark mad from the ugliness of things. Grass that goes for a thousand miles and never a hill to break it. I ain’t saying there ain’t beauty on the plains when well there is. But you ain’t long travelling on the plains when you begin to feel clear loco. You can rise up out of your saddle and sort of look down on yourself riding, it’s as if the stern and relentless monotony makes you die, come back to life, and die again. Your brain is molten in its bowl of bones and you just seeing atrocious wonders everywhere. The mosquitoes have your hide for supper and you are one hallucinating lunatic then. But now in the far distance we see a land begin to be suggested as if maybe a man was out there painting with a huge brush.

A défaut de justifier le positionnement de ses ancêtres au regard de l’histoire (ce qu’il fait souvent ayant un nombre non négligeable d’aïeux loyalistes ayant servi dans les rangs de l’armée anglaise), notamment parce que cette fois il imagine que son aïeul est du bon côté de l’histoire, l’auteur ne peut pas nous servir son discours habituel sur les violences commises par les républicains, il propose donc un discours assez convenu sur les violences en générale et sur l’importance des liens familiaux, avec, attention audace, un couple homosexuel qui adopte une jeune Indienne. Ça sent un peu le calcul médiatique.

Pour faire court, le roman se lit rapidement, n’est pas globalement transcendant et échoue dans son ambition. Décrire un autre pays, une époque différente de ses habitudes relevait de la gageure et le résultat montre assez bien que l’auteur est resté dans le connu — visuellement — et n’a pas su véritablement offrir d’apports personnels sur cette période ou sur cet espace qu’est le Grand Ouest. Ce roman sera suivit par A Thousand Moon, dont le personnage principal est la jeune Indienne adoptée par Thomas et John. J’ai un peu peur du résultat puisque l’auteur va devoir se mettre à la place d’une Indienne de la fin du XIXe siècle. Le défi est lancé, va-t-il réussir à le relever ?

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