La Loi de Téhéran de Saeed Roustavi

Samad Majidi (Payman Maadi) est inspecteur dans la ville de Téhéran, spécialisé dans la lutte contre le trafic de drogue. Depuis des années, tous les petits malfrats qu’il arrête lui font la même déclaration : eux ne sont que des intermédiaires mais l’homme pour qui ils travaillent se prénomme Naser Khakzad (Navid Mohammadzadeh) et a la main sur la majorité du trafic de drogue dans la capitale. Or ce Khazad est introuvable, à tel point qu’il est devenu celui qu’il faut arrêter et celui qui peut-être n’existe pas. Lors d’une énième descente de police dans un bidonville de la ville, des centaines de drogués sont arrêtés, ils désignent rapidement leur fournisseur puis ce dernier prononce le mot magique de Khakzad. Un cheminement classique, sauf que cette fois un élément nouveau transparait : l’ex-petite amie de Khakzad vivrait encore dans la capitale et serait sur le point de se marier. Or elle sait où vit Khakzad et pour assurer son prochain mariage, elle pourrait être amener à trahir son ancien amant. Un pari que fait immédiatement Samad et qui ne tarde pas à l’amener vers celui que tout le monde recherche. Une fois arrêté, il ne reste plus qu’à l’inculper. Et alors les choses se corsent.

Une réalisation efficace pour un film qui tient en haleine le spectateur jusqu’à la scène finale. Le scénario est assez classique, l’intrigue suit la progression de l’enquête depuis la capture du trafiquant jusqu’à son procès et les différentes péripéties qui jalonnent le parcours judiciaire. A l’image du scénario, la réalisation est elle aussi très classique : le montage est linéaire, focalisé sur finalement peu de personnages ; l’objectif du film est avant tout la confrontation entre le policier et le trafiquant, chacun ayant les moyens d’exposer ses pratiques, ses accommodements avec le pouvoir judiciaire, ses difficultés dans ce pays en crise.

Le film est saisissant lorsqu’il montre à quel point tous, y compris et peut-être surtout les policiers eux-mêmes, sont terrorisés par la justice de leur pays, redoutant d’être accusés eux-même de trafic de drogue, crime qui vaut la peine capitale. Les mécanismes de corruption et de répression sont ainsi disséqués froidement, implacablement sous nos yeux médusés.

La dernière scène est effrayante mais je suis gré au réalisateur de n’avoir pas alourdit inutilement son propos. Bien qu’explicite, la scène reste relativement sobre et les plans sur le visage apaisé du détenu, même s’ils sont confortables pour le spectateur, n’en paraissent pas moins plausibles. C’est sur cette dernière scène que je me suis posée la question de la différence de point de vue entre le spectateur français et son homologue iranien. Voit-on exactement la même scène ? Probablement non. Pour moi, elle montre l’échec du système judiciaire. Qu’en est-il pour le réalisateur ou pour le spectateur iranien ? Je pense qu’ils y voient au contraire une justice en fonctionnement, avec ses défauts certes.

Et du coup, que penser de ce film ? L’objectif du réalisateur était de montrer un pays en proie au fléau des drogues (visiblement ce fait est plutôt récent), son film commence donc par une descente dans un bidonville avec une multitude de junkies fuyant péniblement la police et se clôt par une image assez proche d’individus errants sur le périphérique, poursuivis par des autorités qui semblent davantage déplacer le problème que le régler. Quant à l’assertion concernant la dureté des peines (la vente d’un gramme ou plusieurs milliers de kilo de drogue entraîne le même châtiment), j’ai l’impression que le film montre qu’à défaut d’une autre solution, celle de la peine de mort est relativement efficace. C’est peut-être sur ce point que je ne situe pas vraiment le film : au-delà du polar social plutôt bien fichu, je ne saisis pas exactement les propos qu’il véhicule et peut-être se trouve ici la raison pour laquelle il a non seulement été autorisé à sortir en Iran mais a rencontré un vrai succès. Reste qu’il est toujours intéressant de voir des films iraniens, un pays que l’on ne comprends pas et qui pourtant mérite toute notre attention.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s