Les Sorcières d’Akelarre de Pablo Agüero

En 1609, au cœur du pays basque, l’Inquisition mène des enquêtes de terrain pour lutter contre la recrudescence de la sorcellerie dans les villages les plus éloignés. Au fil des enquêtes, elle démasque des sorcières et les livre aux flammes pour purifier le territoire.

Sur le littoral, cinq femmes ont coutume de se réunir à la nuit tombée au cœur de la forêt pour y échanger quelques paroles. Ces femmes vivent seules et sont habituées à se débrouiller entre elles, puisque leurs maris, marins, sont régulièrement absents du domicile. La liberté dont elles bénéficient du fait de l’absence de leur époux n’est pas du goût de tous, en particulier ceux qui voient d’un très mauvais œil le fait que ces femmes se regroupent sans compagnie masculine, dans un lieu qu’elles tiennent secret, au cœur de la forêt, endroit tabou par excellence, dans une province récemment rattachée au royaume et où on parle une langue étrange.

Elle sont donc accusées de sorcellerie et arrêtées par l’Inquisition pour être interrogées afin de confesser leurs crimes. D’abord paniquées à l’idée d’être interrogées par des inquisiteurs, les cinq femmes décident contre toute attente de se jouer de leurs bourreaux.

Un film passionnant qui aurait gagné à prendre plus son temps pour nous permettre de découvrir ces cinq sorcières en devenir.

Voulant se jouer des inquisiteurs, les cinq femmes décident de jouer les sorcières, en prétendant parler une langue diabolique (alors qu’il ne s’agit que de la langue basque), de psalmodier des chants macabres (ce sont des comptines du pays basque) et en reproduisant ce que les contes racontent sur les sorcières et leurs danses diaboliques. Le film se clôt sur une pure scène de Sabbath qui joue sur la fascination / répulsion que ces hommes éprouvent pour ces femmes jeunes et libres.

Le réalisateur est suffisamment intelligent pour montrer à la fois les dessous sociaux de cette affaire (ces femmes sont trop libres) et la lecture religieuse, teintée de perversité/ chosification du male gaze qui en est faite par l’inquisiteur. Le contexte politique (l’histoire se passe au pays basque) est parfaitement mis en valeur pour comprendre comment, à un temps donné, des femmes, parce qu’elles sont seules et qu’elles sont autonomes, dans un espace en marge donc peu contrôlé jusqu’à présent, peuvent tomber sous le coup de l’Inquisition qui ne cherche pas tant à prouver qu’elles sont des sorcières (même si elles donnent bien le change) mais cherche avant tout à reprendre le contrôle sur un espace social en perdition. Qu’elles soient sorcières importent peu, il faut juste qu’elles le soient un peu pour justifier cette reprise en main.

Seul bémol, le film est trop court. J’aurais aimé en savoir plus sur ces femmes et leur quotidien avant de les suivre dans leur procès. J’ai suivi leur combat avec intérêt mais sans réel attachement. Et si le parallèle avec notre époque est clairement assumée, pour qu’il prenne toute sa dimension, il aurait peut-être été nécessaire de donner plus de consistance à ces femmes.

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