Unorthodox d’Anna Winger et Alexa Karolinski

Etsi (Shira Haas) a à peine dix-neuf ans et vit à New York dans le quartier de Williamsburg, un quartier où habitent de très nombreuses familles juives, ultra-orthodoxes pour la plupart. Mariée très jeune à Yanky (Amit Rahav), elle passe ses journées dans leur appartement, s’occupant du ménage en attendant le retour de son mari. Le couple étant marié depuis plus d’un an et Etsi n’était pas encore mère, leurs entourages respectifs s’inquiètent et s’immiscent dans leur intimité pour tenter de régler ce problème. Alors qu’enfin elle semble sur le point de devenir mère, Yanky demande le divorce. Etsi décide alors de partir, de rejoindre sa mère en Allemagne pour y mener une autre vie. Elle part seule, avec quelques sous en poche et une vague adresse dans Berlin. Elle doit alors apprendre à vivre en dehors de sa communauté, une communauté qui, bien que déçue par son comportement, n’accepte pas son départ et compte bien la ramener de force à New York.

Nous avons beaucoup hésité avant de regarder cette série, présentée par certains comme une critique à charge de la communauté ultra-orthodoxe, par d’autres comme une tentative dans le sillage de la série Shitsel, de médiatiser (et de rendre sympathique) une communauté fermée au monde mais disposant depuis quelques temps, et notamment en Israël, d’une réelle influence politique. Puis, nous avons écouté une émission sur France Culture (un week-end dans mon souvenir) dans laquelle les personnes présentes comparait justement les deux séries, Shitsel étant alors jugée trop complaisante et Unorthodox plus proche de la réalité. Du coup, on s’est lancé dans Unorthodox.

Sur les règles de vie de la communauté ultra-orthodoxe, la série est assez claire : elle présente une communauté complètement fermée sur elle-même, reléguant les femmes à leur rôle de mère et de femme de maison, ne vivant que selon des préceptes religieux et s’interdisant tout contact avec le monde moderne (télévision, téléphone, loisirs sont bannis au profit de la seule vie en communauté et en famille). Le mariage d’Etsi et de Yanky est donc un mariage organisé, il est bien entendu qu’Etsi doit être vierge à son mariage et que dans l’année qui suit, le couple doit concevoir en respectant les règles de la communauté (et notamment ses règles d’hygiène concernant les rapports sexuels). La femme est là pour concevoir, élever ses enfants et assurer le bien-être de son mari au sein de la communauté. Sur tous ses aspects liés à l’organisation de la communauté, les scénaristes n’ont pas beaucoup à insister pour montrer les décalages, les écueils et l’oppression qui régissent le quotidien de ces membres. En cela, je ne la perçois pas comme étant à charge, ce qu’elle dit parait plausible avec les connaissances que l’on peut avoir sur des communautés religieuses ultra, qu’elles soient juives ou autres.

Si l’on suit à présent le couple Etsi / Yanky, on se dit que dans un autre contexte, ces deux êtres auraient pu se rencontrer et s’aimer. Yanky, bien qu’imposé à Etsi, est un jeune homme plutôt attachant, qui, dans une certaine mesure, peut éprouver de l’empathie pour sa femme mais élevé dans une communauté aussi strict, il ne peut faire autrement que de reproduire les mêmes schémas. Leur mariage oscille entre des moments joyeux où les mariés semblent entrer en communion et des moments plus dramatiques (scène douloureuse et magnifique de la tonte d’Etsi) où ils ne sont plus que des jouets au sein d’un ensemble. Etsi, elle-même, quitte sa communauté mais là aussi elle ne peut se résoudre à la condamner. Sa fuite est avant tout la conséquence de son incapacité à être à la hauteur des exigences de sa communauté. Loin d’être un rejet, il s’agit avant tout d’un renoncement. En tout cas, c’est comme cela qu’elle explique son départ. A son égard, la communauté ne fait pas preuve de violence, elle cherche à la ramener dans ce qu’ils pensent être le bon chemin. Globalement, les membres de cette communauté sont tous des gens bienveillants mais stricts.

Et me rappelant certains faits commis par des membres de la communauté ultra-orthodoxe, à l’égard des femmes notamment, je me suis alors dit que tous ses membres n’étaient pas aussi bienveillants que ceux décrits dans la série. En Israël, ils ont demandé et obtenu la séparation stricte entre les hommes et les femmes dans les bus de certaines villes, allant jusqu’à agresser verbalement et physiquement toute femme qui ne se plierait pas à cette règle. Et ils ne veulent pas s’arrêter aux bus, ils demandent la même chose dans les bureaux de poste, les avions et les hôpitaux. Les heurts entre les ultra-orthodoxes et la police sont réguliers en Israël et portent souvent sur le droit des femmes.

Certes, la série se passe en Europe et au Etats-Unis, mais il aurait pu été intéressant de montrer que poussés dans les retranchements face à des individus qui contestent leurs règles (notamment en ce qui concerne les femmes), ils peuvent, comme tout groupe qui se sent menacé, devenir violents. La série est donc intéressante (et intelligente) pour montrer comment des individus lambda peuvent commettre des actes insensés parce qu’ils sont pris dans une communauté donnée. Retirés de leur communauté, ce sont potentiellement des gens bien. Mais loin d’être à charge, elle occulte la capacité de certains membres à devenir violent. Ce qui est un problème dans les temps actuels.

Enfin, en ce qui concerne le parcours d’Etsi à Berlin, il est à la fois trop édulcoré et trop stéréotypé. On a l’impression, avec cette histoire d’école de musique, de ne pas être tout à fait dans la réalité, de même avec le comportement de Yanky et surtout de son cousin qui se comporte comme un mafieux, puis cette escalade redescend brutalement pour revenir à la réalité. Problème d’écriture et de narration qui dessert quelque peu le propos d’ensemble.

Reste une série intéressante sur les juifs ultra-orthodoxes qui permet d’ouvrir une fenêtre sur un milieu très fermé.

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