Bolita de Carlos Trillo et Eduardo Risso

Rosmery Ajata vient de retrouver un travail dans la banlieue de Buenos Aires grâce à un prêtre qui la connait bien, elle et sa famille. Elle va ainsi faire des heures de ménage dans une somptueuse villa habitée par un couple de jumeau, un frère et sa sœur. Le prêtre qui l’a recommandée pour ce travail l’a mise en garde : elle doit faire son travail consciencieusement sans chercher à se renseigner sur ses employeurs. En effet, elle a perdu son précédent emploi parce qu’elle avait fait preuve d’un peu trop de curiosité. Son attitude lui avait valu, outre la perte de son emploi, l’attention haineuse d’un gang qu’elle avait ainsi dénoncée à la police. Rosmery fait donc pendant les premiers jours son travail avec application puis la tentation devient trop forte et elle ne peut s’empêcher de fouiner dans la villa. D’autant que ses employeurs lui paraissent malsains : elle les soupçonne d’entretenir des relations incestueuses et surtout elle finit par reconnaitre sur un portrait de famille le visage de Mengele, l’odieux médecin nazi. Dès lors, elle décide de ne plus lâcher l’affaire et de découvrir qui sont ses jumeaux.

Magnifique album qui repose sur une histoire simple mais terriblement efficace pour décrire à la fois les conditions de vie de ses femmes obligées de traverser en bus toute la ville de Buenos Aires pour travailler (ce qui permet à l’auteur de décrire deux sociétés argentines qui se côtoient sans réellement se voir) mais également le sombre passé de ce pays et de sa capitale. Les amateurs de polar retrouveront dans cet album les éléments qui font le succès du genre (un scénario classique sur fond social et des personnages emblématique comme le prêtre véreux ou des élites corrompues), illustrés par un dessin en noir et blanc, fin et très expressif.

D’un point de vue historique, on ne peut pas dire que le lecteur découvre des éléments nouveaux, la fuite des nazis après guerre et leur accueil bienveillant dans certains pays d’Amérique du Sud est connu (et a été largement documenté ou fictionnalisé), reste ici que ce fait s’incarne visuellement dans ce couple de jumeaux et dans sa rencontre avec Rosmery. Ils sont tous les deux physiquement parfaits, ils sont grands, minces et beaux. Le contraste entre leur beauté physique et leur laideur morale n’en est ainsi que plus saisissant. Tout comme est saisissante la comparaison entre Erica, l’employeuse, et Rosemary, la jeune femme qui vient faire le ménage. Là où Erica est grande, mince, plantureuse, Rosemary est une petite grosse, pas très jolie.

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Mais elle est pugnace. Que ce soit dans la vie de tous les jours, dans ses relations avec les hommes ou dans l’exercice de son travail, Rosemary ne s’en laisse pas compter. Certes, elle baisse souvent la tête, mais c’est pour mieux se défendre ensuite. Ni les injonctions du prêtre ni les menaces de cette élite corrompue n’aurait raison de son acharnement à découvrir la vérité, elle qui s’improvise détective. Ce qui est remarquable, c’est qu’elle le fait sans espérer une quelconque récompense mais pour des questions de moralité et pour défendre sa dignité. Je n’aime pas l’adjectif « puissante » ou « forte » pour décrire ce genre de femme (ces adjectifs me paraissent trop souvent relever d’une vision masculine), mais il faut bien avouer que Rosmery a de la poigne et les deux pieds bien ancrés sur terre. Une femme assez ordinaire finalement.

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